« 2008-08 | Page d'accueil | 2008-10 »

29.09.2008

Hassan libre ?

Après avoir été transféré au Centre de rétention administrative de Mesnil-Amelot près de Roissy, Hassan a été libéré samedi soir 27 septembre par le Juge des Libertés et de la Détention de Meaux. Grâce au Collectif qui s’est mobilisé, Hassan dispose d’un peu de répit. Certains parleraient de chance, mais la chance sourit sans doute à ceux qui la provoquent... L'avocate de permanence a plaidé le défaut de maîtrise de la langue française et de la compréhension des procédures et des droits de la part de Hassan. Une banale erreur de date et la procédure a été déclarée irrégulière par le Juge. Il va de soi que la présence dans le dossier d'une pétition signée par 25 professeurs du collège Clémenceau et la présence de la mobilisation à l'audience ont pesé dans la décision. Hassan doit passer jeudi 2 octobre devant le Tribunal Administratif. Il faut que cet avantage se transforme en reconnaissance du droit de la famille de Hassan à vivre en France. L'annulation de l' Arrêté préfectoral de reconduite à la frontière et la délivrance d'une autorisation de séjour pour Hassan et sa famille doivent être obtenues. Tous les soutiens et les éléments au dossier compteront ce jour-là.

26.09.2008

Hassan arrêté !

Hassan, père de Jamaa, vient d’être arrêté sur son lieu de travail. Ce jeudi 25 septembre une descente de police est intervenue sur le chantier où Hassan travaille comme maçon, à Paris. Certains ont eu le temps de fuir, Hassan non. Ne pouvant produire de document administratif de séjour, il a été conduit au commissariat de Chessy où il a passé la nuit au Local de Rétention Administrative. Hassan vit en France depuis bientôt dix ans, c’est sa quatrième arrestation en deux ans. La première avait duré 18 jours. Sa femme et sa fille sont venues en France début 2005. Sa fille Jamaa, 15 ans, est scolarisée dans un Collège à Paris. Elle est une élève sérieuse et attentive. En 2007, le Maire de Paris lui a même remis un Prix du Mérite lors d’une cérémonie à l’Hôtel de Ville. La nuit a été rude dans la pièce unique située dans le 18ème arrondissement. Des lettres ont été envoyées au commissariat et à la préfecture du 77 ainsi qu’au Préfet de Seine et Marne. Aujourd’hui, 26 septembre, Hassan a été transféré dans le Centre de Rétention Administrative de Mesnil-Amelot près de Roissy. Le collège de Jamaa s’est mobilisé pour soutenir la famille auprès des autorités.  L’incertitude plane quant au devenir de Hassan. Toutes les bonnes volontés se sont mises au travail afin d’obtenir sa libération et de lui permettre, lui et sa famille, de vivre en France en toute légalité. J’avais rédigé une note pour Jamaa, son père et sa mère : Un métro plus loin. Les circonstances malheureuses me font revenir sur le sujet. Souhaitons que tout s’arrange et que Jamaa et ses parents sortent enfin de cette obscurité qui les oppresse depuis si longtemps.

16.09.2008

Le soir déjà...

Le soir déjà et je me sens si vieux. Dans la rue, les engins des travaux publics charrient sable et goudron. Quelques passants sous leur parapluie marchent comme moi, je suis si mal. A perte de vue s’étendent les enseignes des intérims. Peinture, maçonnerie, soudure, tous les gros et seconds œuvres dansent sur les vitres sales balisant les trottoirs. Je n’en puis plus de cette interminable ronde. Vais-je entrer ici ? Vais-je aller par-là ? Les questions les plus existentielles m’assaillent. La pluie lessive les pavés infects. Je marche à n’en plus finir. Et ces machines sourdes qui délestent votre cerveau de ses derniers neurones ! Presque tout le ciel semble s’écouler en rond dans ce caniveau où se précipitent mégots et bouteilles vides. Je lutte contre le néant. Tout vient dans cette rue à ce moment, parmi ces logements, volets ouverts ou fermés, les nuages de plus en plus noirs et la vie elle-même de plus en plus fugitive. Je lève les yeux pour tenter de trouver un semblant de repos. Des ombres massives font une ronde entre les toits. Le vent siffle sur les façades. Je voudrais pousser un cri. Ma voix se perd. L’écho est déjà loin.

 

Ce soir est la fin d’un monde. Les lumières des fenêtres vont s’éteindre bientôt. Et moi je suis ivre de silence et d’ennui. Les murs me conduisent. Les machines m’enchaînent. Je suis casqué déjà. J’ai tous les vêtements sur moi. Le goudron me coule dans les veines. La vapeur me tétanise. La pluie me pénètre entièrement, dissout mon chagrin, m’enlève ma révolte. Je ne suis plus cet homme qui marche dans la rue. Le trottoir se vide peu à peu. Muni des outils adéquats je creuse ma propre tombe. Mes croque-morts ont quarante ans et viennent des tropiques. Le corbillard roule au gas-oil sur la voie qui rétrécit. J’ai à peine le temps de me retourner qu’un grand coup m’assomme.

           

Les deux pinces du bulldozer se referment sur un congélateur en service et, après l’avoir élevé dans le ciel, le font retomber sur un tas encore plus grand. La plage de palmiers s’étend à l’horizon d’un sable blanc autour du lagon. Une femme fait tourner une broche au-dessus d’un feu presque éteint. Déjà apparaissent les premières étoiles et un croissant de lune. Des hommes reviennent de la pêche en traînant leurs pirogues de fortune.

 

J’étais là parmi les invités. Je ne dis aucun mot de peur de me trahir. La vie est si douce le soir, allongé sur le sable ! Avons-nous besoin d’autre chose que de ces fruits gorgés de soleil ? Rêvons-nous parfois d’autres univers ? Le nôtre est si facile à charrier ses immondices, si adroit à écarter de l’humain l’humanité ! L’homme a fait de lui-même une machine sans rêves. Je donnerais tout pour ne pas retourner de l’autre côté du sommeil.

 

 

Extrait de "Train de nuit", paru dans les revues Virgule n°4 et Passage d'encres n°28.

Toutes les notes