Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

03/01/2019

Critique, par Hervé Martin

Avec l’intitulé Talmont – Les Sables 2016-2017 précédant le titre, L'éternel recommencement se présente comme un journal rassemblant trente-cinq poèmes  écrit sur cette période. Des textes écrits au fil d’émotions et de sensations que font naître chez l’auteur des instants particuliers de la vie quotidienne. Les jours défilent dans les rituels d’habitude et de recommencements auxquels nous sommes pour la plupart contraints. Et c’est dans ces moments que prennent racine les premiers mots des poèmes. Ils sourdent de sentiments mêlés d’espérance, de refus ou de révolte. La vie est là subtile qui sourd et que le poème met en exergue. Elle jaillit sur la côte de l’atlantique au départ du Vendée globe, dans des trajets de taxi, sur une piste cyclable… Ou naît de la rencontre impromptue de personnes dans les rues ou à la vue de touristes sur les plages. Mais elle s'éclaire aussi au sein d’une galerie de peintures où Daniel Brochard expose ses premiers tableaux. Dans ces pages, une voix est bien présente dans sa singularité. Le poème, son écriture, poursuivent leur résonance propre du début à la fin du livre dans une même et touchante parole.

 

Hervé Martin

 

Article publié sur le site Hervé Martin d'Igny

Hervé Martin a créé la revue Incertain regard en 1997.

 

15:05 Publié dans Lectures | Lien permanent

09/12/2018

Critique, par Philippe Leuckx

Daniel Brochard : « L’éternel recommencement »

 

Trente-cinq poèmes, de bord de mer, de villégiature triste, à se remémorer les meilleurs moments comme les instants amers de flottement, quand les autres s’imposent et pèsent machinalement. L’air de mer est acide, les notations elliptiques, ironiques, constats de courses, examen des humeurs, observation des usages aux Sables de Talmont.


Daniel Brochard, pour ce huitième recueil, tempère cependant les vers neurasthéniques (il se sait, le dit, le confesse, insiste, malade) d’une plongée dans le feu de longs vers construisant le réel à coups de sondes, de vacheries, de regards en biais, le moraliste pointe souvent le bout du nez dans cet univers léché, où la « boule de vanille » coûte vraiment trop cher.


Il faudrait « connaître le terme du voyage ». Il serait utile de vivre mieux. « On fait semblant d’aller bien », lâche-t-il. « Pourquoi s’être tant abîmé sur les rochers ? »


La vie use, s’use, et la poésie renâcle, il faut sans cesse l’alimenter, et Brochard n’est pas en reste pour deviner sous la carapace du réel toutes nos errances : entre vanité et amertume, entre fatigue de saisir le monde et de le voir s’envoler sans nous.


« Le temps n’est qu’une minute pathétique » : le mot de la fin, toutefois, vise, comme le titre l’annonçait, sans doute parodiquement, ou selon l’âme voltairienne, « l’éternel recommencement ». Il faut bien se donner des gages de vivre.

 

(Daniel Brochard : « L’éternel recommencement », éditions du Petit Pavé, coll. Le Semainier, 2018, 58 pages, 8€.)
 
Cet article est de Philippe Leuckx et a été publié sur le site de la revue Texture : http://revue-texture.fr/
 
 

17:39 Publié dans Lectures | Lien permanent

24/05/2008

"Le rappel des titres", Alain Helissen

1271191406.jpgDans ce recueil, Alain Helissen se lance à sa façon dans « Le rappel des titres » en martelant un « vous » comme une incantation. Helissen fait de nous les sujets et les spectateurs d’une alchimie traitée comme un collage. La force du recueil tient notamment par le travail effectué sur les mots, avec l’exigence du sens, du message sous-entendu, mais aussi dans la dénonciation de nos travers : la gestion de l’actualité met bien souvent en lumière nos obscurcissements, nos limites. « J’ai renvoyé toutes mes idées reçues à leurs expéditeurs » : le Je qui revient dans les textes en italiques contraste avec le Vous des autres poèmes et renvoie à l’identité même du poète en tant qu’auteur et personnage social. Ce visage est bien trop souvent invisible et passe inaperçu dans le flux des images et de l’information : « Et votre image là / en pleine lucarne / d’un geste sec / vous la zapper / comme un autre vous-même ». Le poète est bien témoin anonyme de tous ces silences et de ces manques, et à lui de crier : « Vous / cherchez à me faire / taire quand j’énonce / avec force mon indignation / mon état de révolte permanente ». Cette parole fragile s’oppose à la massive présence d’un discours officiel et conventionné qui la plupart du temps ne fait qu’effleurer le réel ; le poète lui se permet « quelques écarts de langage / avant / dis / s / o / l / u / t / i / o / n ». Le vous est accusé d’inventer « un monde contrefait / aux motifs caricatu / raux » quand le poète dénonce : « vous / suivez depuis long / temps un régime médiatique / qui vous a dé / lesté déjà de vingt ki / los bien pesés d’o / pinions personnelles ». Nombre des poèmes d’Alain Helissen sont de facture dadaïste comme ces vers encadrés : « PRIX TTC / LA PROMOTION DE LA / SEMAINE ». Mais il ne s’agit pas tant de casser que de marteler un message, de réaffirmer la présence de l’Art et de la poésie au sein de la parole. Et l’Art ne serait-il pas l’ersatz  par lequel le créateur entend peser sur le monde ? « Les fleurs peintes ne sentent pas aussi bon que celles du jardin / (…)/ l’avantage c’est qu’il n’y a pas besoin d’les arroser », confie l’auteur. Si Alain Helissen évoque les travers de l’information – ceux de notre horizon imaginaire en fin de compte – il sait aussi les dissolutions de la parole et les doutes inhérents à celui qui écrit : « vous marchez nu / sur des débris de vers cassés ». Et lui de remarquer « vos retards de croissance / votre manque d’assurance / vos déboires de créance »… On pense encore à Dada dans ces vers : « N’en jetez plus / Tirez la chasse / (…) / gagnez du temps / écrivez FIN / et / dis / pa / rais / sez ». ou encore « Prolétaires de tous les pays / Connectez-vous ! » Alain Helissen s’avance avec beaucoup de lucidité dans l’univers médiatique mais aussi dans celui du quotidien et n’oublie pas aussi d’interpeller le poète, lui qui dispose d’une arme : celle du langage. « Le rappel des titres » dresse un tableau critique de notre rapport au monde. L'auteur s’adresse à nous par l’écran interposé du livre, décline une actualité différente remaniée dans le prisme du langage. Il nous ramène au rôle particulier de chacun ici-bas. Ce travail sur la langue et sur le sens donne envie de lire davantage de cette poésie vue et pensée par Alain Helissen.

Alain Helissen, Le rappel des titres, éditions Les Deux-Siciles (8, avenue Hoche 77330 Ozoir-la-Ferrière), 10 €.

16:16 Publié dans Lectures | Lien permanent