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09/09/2007

La condition humaine, René Magritte

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Je me souviens d'un cours de Philosophie en Terminale où il avait fallu réfléchir sur ce tableau de Magritte* : La condition humaine. Je me souviens de maux de tête effroyables et des ténèbres qu'il fallait traverser. L'autre rive, celle du rêve, de l'émerveillement, de la clarté divine, ne se laissait entrevoir qu'au prix d'un long parcours chaotique. Et puis, tout de même, nous effectuions la traversée. Que fallait-il dire de cohérent, alors que toutes les interprétations me paraissaient fondamentalement impossibles ? Comment faire preuve de logique et de raisonnement à propos d'un monde dont la clef nous est peut-être définitivement interdite ? Un tel démontre l'existence de Dieu, un autre dit l'absurdité du monde. Nous fournissons de multiples interprétations. Certains en appellent au doute radical, d'autres à la lutte armée. Et les certitudes font des millions de morts, au nom de l'idéologie, d'une certaine interprétation du bien et du mal. Les artistes intègrent tous ces principes dans leurs toiles. Les idéologues le font dans leurs livres ou leurs programmes. Le poète met cette même théorie au service d'une quête insatiable de vérités supérieures. Cette vérité devient son obsession, sa recherche exclusive, son monde. Et tous cherchent les réponses. Parce qu'on ne peut se contenter de vivre comme un animal, puisque nous avons la faculté de la psyché, du cogito. Et ça cogite, ça s'active dans les neurones. Chacun essaie de décrire le monde, tel qu'il est ou tel qu'il pourrait être. On sent bien que toutes les théories sont plus ou moins rassurantes, alors que la réalité, elle, est bien tragique et ténébreuse. Le boulet au sein du tableau de Magritte rappelle le boulet dans Melencolia I de Dürer (1514), cet objet de géométrie dit l'étude du monde et son mystère, il rappelle que la mélancolie est un sentiment inhérent à la création. Magritte nous dit que toute peinture, toute œuvre d'art, tout poème ne peut être qu'une interprétation. Même si celle-ci semble se confondre en tout point avec la réalité, il existera toujours ce fossé, cet abîme entre la chose et sa représentation. La peinture dit, décrit, renvoie une image mais cette image ne pourra s'empêcher d'être autre chose, de signifier autre chose pour l'esprit de celui qui la regarde. Le monde pourra peut-être être révélé dans sa réalité, il appartiendra toutefois à une autre réalité plus irrationnelle, plus inquiétante, plus mystérieuse. C'est ici que se tient l'artiste, c'est ici qu'il est envahi par la mélancolie et que lui vient l'énergie de créer, ou bien de se détruire. On a voulu dire un monde, trouver du sens à l'absurde, atteindre quelques lumières en signe de réponses, on est obligé de faire avec ces ténèbres qui nous entourent et dans lesquelles nous sommes nés. Quelle autre interprétation du monde Magritte pouvait-il nous donner que cette réponse en forme d'énigme, en forme de question à l'origine de l'émerveillement, de la philosophie et de la création ? Aujourd'hui, mes maux de tête n'ont pas disparu. Les questions se sont ajoutées aux questions. Le sentiment de l'énigme à l'énigme. Je cherche un moyen d'enrailler la mélancolie de Dürer et de Magritte. Je rêve chaque nuit que je retourne en Terminale.

*René Magritte (peintre) : 1898-1967

14:30 Publié dans Art | Lien permanent