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24.05.2008
"Le rappel des titres", Alain Helissen
Dans ce recueil, Alain Helissen se lance à sa façon dans « Le rappel des titres » en martelant un « vous » comme une incantation. Helissen fait de nous les sujets et les spectateurs d’une alchimie traitée comme un collage. La force du recueil tient notamment par le travail effectué sur les mots, avec l’exigence du sens, du message sous-entendu, mais aussi dans la dénonciation de nos travers : la gestion de l’actualité met bien souvent en lumière nos obscurcissements, nos limites. « J’ai renvoyé toutes mes idées reçues à leurs expéditeurs » : le Je qui revient dans les textes en italiques contraste avec le Vous des autres poèmes et renvoie à l’identité même du poète en tant qu’auteur et personnage social. Ce visage est bien trop souvent invisible et passe inaperçu dans le flux des images et de l’information : « Et votre image là / en pleine lucarne / d’un geste sec / vous la zapper / comme un autre vous-même ». Le poète est bien témoin anonyme de tous ces silences et de ces manques, et à lui de crier : « Vous / cherchez à me faire / taire quand j’énonce / avec force mon indignation / mon état de révolte permanente ». Cette parole fragile s’oppose à la massive présence d’un discours officiel et conventionné qui la plupart du temps ne fait qu’effleurer le réel ; le poète lui se permet « quelques écarts de langage / avant / dis / s / o / l / u / t / i / o / n ». Le vous est accusé d’inventer « un monde contrefait / aux motifs caricatu / raux » quand le poète dénonce : « vous / suivez depuis long / temps un régime médiatique / qui vous a dé / lesté déjà de vingt ki / los bien pesés d’o / pinions personnelles ». Nombre des poèmes d’Alain Helissen sont de facture dadaïste comme ces vers encadrés : « PRIX TTC / LA PROMOTION DE LA / SEMAINE ». Mais il ne s’agit pas tant de casser que de marteler un message, de réaffirmer la présence de l’Art et de la poésie au sein de la parole. Et l’Art ne serait-il pas l’ersatz par lequel le créateur entend peser sur le monde ? « Les fleurs peintes ne sentent pas aussi bon que celles du jardin / (…)/ l’avantage c’est qu’il n’y a pas besoin d’les arroser », confie l’auteur. Si Alain Helissen évoque les travers de l’information – ceux de notre horizon imaginaire en fin de compte – il sait aussi les dissolutions de la parole et les doutes inhérents à celui qui écrit : « vous marchez nu / sur des débris de vers cassés ». Et lui de remarquer « vos retards de croissance / votre manque d’assurance / vos déboires de créance »… On pense encore à Dada dans ces vers : « N’en jetez plus / Tirez la chasse / (…) / gagnez du temps / écrivez FIN / et / dis / pa / rais / sez ». ou encore « Prolétaires de tous les pays / Connectez-vous ! » Alain Helissen s’avance avec beaucoup de lucidité dans l’univers médiatique mais aussi dans celui du quotidien et n’oublie pas aussi d’interpeller le poète, lui qui dispose d’une arme : celle du langage. « Le rappel des titres » dresse un tableau critique de notre rapport au monde. L'auteur s’adresse à nous par l’écran interposé du livre, décline une actualité différente remaniée dans le prisme du langage. Il nous ramène au rôle particulier de chacun ici-bas. Ce travail sur la langue et sur le sens donne envie de lire davantage de cette poésie vue et pensée par Alain Helissen.
Alain Helissen, Le rappel des titres, éditions Les Deux-Siciles (8, avenue Hoche 77330 Ozoir-la-Ferrière), 10 €.
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Extrait
Extrait de Le rappel des titres de Alain Helissen :
VOUS
jetez
l’encre
nagez vaillant
jusqu’au quai
ce que c’est
d’écrire encore
quand le siècle infecté
se gratte de ses démangeaisons et que
connecté
VOUS
débouchez
sur les écrans qui vous guident au cœur de tous les
savoirs déposés
VOUS
communiquez
en ligne directe
avec
l’internéternel !
(Poème reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur)
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16.05.2008
J'ai besoin...
J’ai besoin d’un peu de silence. Ecoutez mon corps... J’entends un écho comme une musique noire qui vient du fond des âges. C’est un steak posé sur une balançoire. Collez-vous à ce coquillage, vous entendrez le son de la mer. Ça y est, je distingue bien la scène. Aux indigènes la magie noire. Sur la plage, ils chantent et dansent autour d’un feu. Les incantations, les sorts jetés qui se poursuivent jusqu’au bout de la nuit. C’est un immeuble aux pétales de roses. Un bracelet d’épines. Une fourchette à roues. Sur un chemin, Jésus porte sa croix. Je voudrais me dégager de toute religion, de toute physique, de tout pays, de toute famille, mais surtout de toute pesanteur. Pouvoir voler comme un oiseau, être le corps d’un autre. Avez-vous entendu la danse ? Je ferme ma chemise, je ferme ma bouche. Vous n’entendrez plus rien. Devant moi, l’étendue de l’océan.
***
Se promener dans le monde avec cette appréhension de ne jamais pouvoir s’élever. Etre l’ombre de soi-même, insipide et qui vous suit partout.
Et soudain, s’élever vers les anges.
Fenêtre de brume donnant sur l’au-delà.
Disparition de moi-même. Dissipation de l’âme.
Et dans un coin de la chambre un vieux livre ouvert.
---
© Daniel Brochard. Poèmes publiés dans Verso, n° 131, décembre 2007.
Verso. Alain Wexler. Le Genetay. 69480 Lucenay.
Abonnement : 20 euros / 4 numéros.
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06.05.2008
Un port de pêche...
Un port de pêche, en fin d’été. Un goéland fait sa ronde. Les nuages sont des barreaux que ne traverse qu’une lumière diffuse. La ville s’étire en falaise. Quelques restaurants offrent des menus à bon marché sous la lanterne qui clignote. Les passants font les cent pas en attendant d’y voir plus clair. Les pêcheurs remontent les filets. Heures absentes, l’éternité a pris les chemins de traverse. Le bout de la rue est en feu, les charognards ont pris position. Silence d’automne ; le bruissement du vent me glace le dos. Les volets claquent et les chiens effrayés se sont mis à courir. Mon imperméable s’est déchiré contre les rochers mais je suis couvert de feuilles et je marche. Je ne saurais éviter cette lumière, je ne saurais regarder ailleurs. Tout mon corps est porté naturellement à ne suivre qu’une trajectoire. Mon esprit n’est occupé que par ce point. Tout mon être semble à cet instant n’être fait que pour cette attention particulière. Quelque chose en moi est attiré ; ces maisons, ces passants, ces voitures, cet air soudain glacial, rien ne peut me détourner de la contemplation. Tout retour en arrière est un arrêt du temps.
© Daniel Brochard. Poème publié dans Poésie sur Seine, n° 63, décembre 2007.
Association Poésie-sur-Seine. 13, place Charles de Gaulle. 92210 Saint-Cloud.
Abonnement : 25 euros. Moins de 25 ans : 16 euros.
13:20 Publié dans En revues | Lien permanent | Envoyer cette note
05.05.2008
Autre chose
Décidément, non, la page est tournée. Passer à autre chose. Peut-être ici, mais différemment. A suivre.
18:32 Publié dans in utero | Lien permanent | Envoyer cette note