Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

12/06/2008

Traversées, n°50

Traversées.jpg

Il faut saluer l'éditorial de Patrice Breno, dans ce numéro de « Traversées », dont je cite avec son accord le dernier paragraphe :  « Il faut écrire davantage, mais parfois autrement, ne fut-ce que pour éveiller la conscience des peuples qui vivent dans l'opulence et ne daignent pas jeter un regard sur ce massacre d'innocents incessant et journalier. Il faut oser voir ce qui se passe ailleurs, il faut oser entendre ces voix qui viennent d'outre-cauchemar, et pas forcément dans son propre jardin. Il faut oser déranger... et s'ouvrir aussi à ces témoins du pire ! » . Voilà résumé tout un programme pour donner un sens (social) à l'écriture. Le poète, à un moment ou à un autre, est appelé à sortir de son grenier, à ouvrir les yeux sur ce monde bien plus tragique et torturé que son esprit. Breno nous rappelle que la poésie est destinée à traverser les frontières. Donner un sens à une expérience individuelle est forcément se confronter à la réalité. Dans sa dimension sociale le poète n'est plus seulement le héraut de ses propres sentiments. Il n'est pas non plus destiné à être le grand Transparent, le refoulé, le banni. Une part de lui-même est appelée à vivre ailleurs, autrement. L'incarnation du Verbe par l'écriture est aussi l'incarnation de soi dans la réalité. Il y a un déplacement à faire qui concerne chacun, pas seulement le poète ou l'éditeur de revues. Le poète est appelé à (re)devenir homme. Cet exercice n'est pas le plus facile. Il n'est jamais facile d'assumer des choix, de tenir des convictions. Mais la poésie n'est-elle pas cette traversée, cette volonté de revenir à la réalité du monde, à ses essences ?

On trouve des pépites dans ce cinquantième numéro de « Traversées », et qui viennent de tous les horizons : Belgique, Congo, Iraq, Suisse, Corse, France, Argentine et Iran. Les textes sont de  : Paul Mathieu, Fiston Nasser Mwanza Mujila, Patrick Tankama, Alfrid Samaan, Catherine Roussy, Pascale Giovannetti, Rome Deguergue, Eric Dubois, Daniel Chirom, Aurélie Z Noel, Guy Ferdinande, Mohammad Ziar, Jacques Taurand, Patrick Joquel. A noter les nombreuses chroniques de livres. Mohammad Ziar nous offre une merveille venue d'Iran : « L'allée de mes souvenirs »... On pense aux « mille ans » de Baudelaire, à « l'édifice immense du souvenir » de Marcel Proust... et pourtant tout est résumé en quelques vers ! Ce poème ouvre les portes de la perception pour un voyage à l'intérieur de l'esprit, réplique du monde, où rien ne s'oublie, où la perception devient le monde lui-même ! Ici, on se promène parmi les éléments simples, « les feuilles d'automne », dans « l'humide espace matinal », au pied de la montagne... On rencontre « l'enfant fleuriste », le « marchand de journaux »... Et, « les mains dans les poches » on se promène dans cette réalité noyée dans l'irréel. Où est l'endroit ? Où est l'envers ? Sommes-nous dans un songe ou bien dans le monde ? Aucun moyen de le savoir ; le poème laisse libre la double interprétation. En quelques mots, Mohammad Ziar explore des dimensions importantes de l'esprit en nous en livrant quelques clefs. Il donne de cet esprit une image que nous pourrions qualifier d'universelle. Ainsi sont retracés les souvenirs et les histoires. Ainsi chacun reste-il attentif au monde, à ses blessures et à son merveilleux.

La poésie est comme cela, elle offre des trésors inestimables, des sensations qui vous suivent et vous portent, des rencontres dans des lieux insolites ou reculés. Elle tend à explorer un noyau central afin de donner du sens à nos vies, à nos engagements. Elle nous donne de l'énergie afin que nous puissions trouver notre propre vérité et non celles imposées par le monde. C'est pour cela qu'elle sera toujours ici, en Iran ou ailleurs. C'est pour cela que nous serons toujours appelés à marcher avec elle, par des chemins qui seront toujours détournés mais qui à la fin nous ramèneront à la même lumière. On peut croire encore en elle, puisqu'il n'y a pas de Dieu, pas de Vérité et pas de réponses à nos questions existentielles. On peut toujours se rattraper à ce mensonge, un mensonge qui pourtant dirait la vérité.

Abonnement à Traversées : 4 numéros, 12 euros (Belgique) ou 15 euros (étranger). Pour la France, envoyez un chèque à l'adresse ci-dessous libellé au nom de Colette Herman".

20:23 Publié dans La revue des revues | Lien permanent