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09/10/2007

God cries in America

Il se pourrait bien qu'un matin, on se réveille avec l'annonce d'une explosion atomique quelque part dans le monde. Ce ne serait plus un film, la vidéo passerait en boucle à la télévision. On n'aurait plus qu'à se dire : « - l'Humanité a encore engendré une nouvelle catastrophe »... et on n'aurait plus qu'à se jeter dans le vide en criant : « - j'en ai plus rien à foutre ! » Hier soir, Arte diffusait « Un taxi pour l'enfer », un reportage dénonçant les tortures perpétrées par des militaires américains sur de présumés terroristes. Aujourd'hui, j'étais plutôt fatigué  d'écouter les conversations où l'on essayait plus ou moins de m'impliquer. J'avais la tête ailleurs, pas trop envie de discuter de choses et d'autres. Je méditais plutôt sur ce que l'homme est capable de faire à son prochain. A voir ce Président américain, Bush, justifier les mauvais traitements et déclarer que les conventions de Genève concernant le traitement des prisonniers sont « vagues » j'ai donc plutôt eu envie de vomir. Le 11 septembre aurait justifié de retourner contre les « barbares » l'usage de la barbarie, position impossible à tenir, et pourtant beaucoup d'américains y croiraient ! Je me dis vraiment que le monde ne tourne pas rond. Que dire après le coup que constitue ce reportage ? Difficile ensuite de changer de chaîne, de tomber sur TF1 pour un de ses énièmes jeux ! Difficile de parler de poésie, de ses publications, de ses recueils. Difficile de croire que tous ces écrits aient une quelconque importance et de trouver une justification au fait même de l'écriture. La poésie est un combat, c'est tout ce qui peut encore à mes yeux la sauver de son apocalypse. Poètes, le Président Bush vous rit au nez ! Soyez bien conscients qu'il n'a rien à faire de votre écriture, comme il n'a que faire des journaux et des reportages qui l'accusent de façon justifiée. Le Président Bush lutte pour la démocratie et pour l'impérialisme de la liberté. Ne le faites pas rire avec vos poèmes, vous pourriez malencontreusement provoquer un jet involontaire de bombe atomique ! Croyez bien que l'Iran ne rigole pas avec la bombe atomique ! Croyez bien que nos revues sont que dalle face à l'impérialisme de la connerie humaine dont le Président Bush est un des plus fidèles représentants ! Croyez bien que je vomis face à la torture ! Je ne me suis pas trompé de combat. J'écris encore contre la connerie, contre les cons et pour la démocratie. Je suis ami de la liberté et j'emmerde le Président Bush comme j'emmerde Ben Laden. J'emmerde les croisades, je ne suis pas en croisade. Les chiens me font vomir. La nudité me fait vomir. Tout comme les privations de sommeil et les décharges électriques. Je suis humain. Je ne suis pas Bush ni Ben Laden. Je suis humain. Face à la connerie humaine, je ne me tranche pas la gorge volontairement. J'accuse. J'écris. Je dégueule. Il se peut qu'un matin, on se réveille avec l'annonce d'une explosion atomique quelque part dans le monde. A part ça, en ce moment c'est le Grenelle de l'environnement. Et y a Un contre cent sur la Une à dix huit heures avec Castaldi à la télévision.

21:05 Publié dans Société | Lien permanent

30/08/2007

Secret connerie

Vendredi 31 août, ne ratez surtout pas la finale de Secret Story sur TF1. L'émission la plus controversée du PAF va finir dans un beau feu d'artifice. Je ne suis pas en train de parler de science-fiction, ces martiens-là sont bien réels pour notre plus grand désarroi. Vu l'autre jour à la télé, des grenouilles avec des cheveux (y a qu'à la télé qu'on voit ça) pataugeant dans une mare d'acide sulfurique, dégueulant leurs viscères après l'attaque de la vachette... Je me suis dit : dans quel monde vivons-nous, ils ne passent plus que des conneries à la télévision ! Quand même, je suis accro, je peux pas dire le contraire... les séries américaines avec de la cervelle éparpillée un peu partout et des flics avec des chaussures de ski qui dressent des contraventions à ceux qui pètent et empestent les rues... les jeux bien français à la Dechavanne avec des chiens crasseux qui se promènent sur le plateau et Victoria Silvstedt qui se gratte les nichons en épelant « Voyelles : A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu » comme une muse de chez Givenchy... les feuilletons (avec des histoires assez simples tout compte fait : je t'aime, moi aussi... pourquoi tu m'as quitté, je t'aimais d'un amour sans pareil, nous étions pourtant heureux d'être ensemble tous les deux)... les émissions People du genre « Pourquoi les hamsters ne mangent-ils pas les grenouilles et vice versa » avec Carlos et Lepers en train de manger de la barbe à papa... mais je m'égare... la télévision n'est pas un repaire de demeurés, loin de là. D'accord, il faut chercher beaucoup, jouer de la zapette pour tomber sur les bonnes émissions. Y en a, faut pas exagérer, beaucoup. Je pourrais en citer plein. Y en a. Et c'est pas moi qui vais aller cracher dessus. Et si je suis parti dans une longue diatribe, c'est que je me souviens des moments de l'adolescence où j'ai compris qu'on nous prenait pour des cons. Qu'on nous faisait bouffer de la pub du matin au soir. A l'hôpital psychiatrique on regardait Derrick et les Chiffres et les Lettres parce qu'il n'y avait rien d'autre, pas par choix. Alors, on n'avait pas de remords à griller nos cigarettes et à en crever. C'est la vie... Quand on ne te montre que de la vulgarité et de la médiocrité, tu préfères autant crever. Allons, vive la bêtise généralisée, les émissions de Foucault, de Pernaut et de Bern, parce que la bêtise est photogénique, télévisuelle. Mais il ne faut pas imaginer qu'avec tout ce qu'on nous vend on chercherait par derrière, subrepticement, vicieusement à nous en dégoûter ! C'est carrément le système qui s'effondre ! Vous n'imaginez pas la catastrophe, la fenêtre du monde qui se mettrait à réfléchir, des idées dangereuses qui se mettraient à germer, des gueulantes en direct, de l'Art,  de la poésie !!! arghhhh... t'es pas fou non... espèce d'anarchiste, terroriste, fainéant ! Nom d'une pipe en bois, vous imaginez des gens (des homo erectus)  qui se mettraient à émettre une opinion ? Z'imaginez pas le bazar ! Non, rassurez-vous, ce n'est que de la science-fiction. Nous n'appartenons à aucune idéologie, à aucun système, nous ne sommes pas des robots : vas expliquer ça au mec qui transpire dans sa banlieue, au mec qui dératise les caniveaux la nuit. Et ce gars à seize ans avec son CAP en poche qui se dresse au garde-à-vous face au patron... C'est ça la vie, mon pote, arrête de réfléchir et de te mettre des idées dans la tête, fous-y plutôt du plomb, le plomb c'est coté en bourse, ça fume pas du hachisch à la télévision. Voilà, chères âmes, où il fallait en venir en consultant ce programme. On se retrouve après la séance de pubs. Et ne ratez pas le grand tirage au sort de vendredi qui désignera le vainqueur de la première et fameuse Secret connerie.

18:10 Publié dans Société | Lien permanent

23/08/2007

Anatomie d'une expulsion

De nombreux termes dans la langue française permettent d'exprimer une idée similaire : la damnation, la malédiction, l'exclusion, la condamnation, l'expulsion... Notre imaginaire religieux et historique est riche de ces exemples, de ces jugements, de ces drames. La damnation serait le prix à payer pour un péché quelconque attribué à un comportement, à un individu ou à une nation. La condamnation est ce qui préoccupe la justice. N'est-elle pas ce qui pèse déjà sur les épaules usées des hommes ? Quant à l'expulsion, il en est une fort célèbre à l'origine de l'humanité : celle du Paradis. 

Ainsi lit-on dans la Genèse : « Puis Yahvé Dieu dit : "Voilà que l'homme est devenu comme l'un de nous, pour connaître le bien et le mal ! Qu'il n'étende pas la main, ne cueille aussi de l'arbre de vie, n'en mange et ne vive pour toujours !" Et Yahvé Dieu le renvoya du jardin d'Eden pour cultiver le sol d'où il avait été tiré. Il bannit l'homme et il posta devant le jardin d'Eden les chérubins et la flamme du glaive fulgurant pour garder le chemin de l'arbre de vie. »(Genèse, III, 22,24).

N'avons-nous pas fini de payer le prix de nos fautes ? La naissance elle-même n'est-elle pas une expulsion fameuse de l'Eden intra-utérin ? « Comme ils étaient là, le jour où elle devait accoucher arriva. Elle mit au monde son fils premier-né. » (Luc, 2, 6-15) L'homme expulsé violemment des flancs maternels, se frayant un passage parmi la chair sanglante, rendu à la vérité du monde et à celle de ses péchés ! 

L'eau, l'élément originel à la source de la création et de la vie, peut aussi la reprendre. Il est étrange que ce 15 août fût marqué aussi de déchaînements climatiques à répétitions. Alors que les touristes sont expulsés des plages, nombre de catastrophes naturelles ponctuent l'actualité, tremblements de terre, cyclones et inondations. Les hommes sont expulsés par millions de leurs abris de fortune, comme sous la condamnation de la force du déluge. L'homme pécheur est à nouveau expulsé de ses terres. Il est écrit dans le Coran que Noé dit à son fils qui voulait se réfugier sur un mont : « Il n'y a aujourd'hui aucun protecteur contre l'ordre d'Allah. (Tous périront) sauf celui à qui Il fait miséricorde ». On pourrait penser à une autre catastrophe décrite, celle de l'Apocalypse, on peut se dire aussi que chaque époque l'a déjà annoncée et que les bouleversements climatiques ne sont dus qu'à l'ignorance et à la bêtise des hommes.

Ainsi, ce 15 août fut marqué par des inondations importantes, au Bangladesh, en Afrique de l'est, en Corée du nord, et ailleurs :

« Les inondations qui frappent le Bangladesh ont fait une quarantaine de morts supplémentaires dans la nuit de mardi à mercredi, portant à un demi-millier le nombre des décès enregistrés dans le pays depuis le début de la catastrophe. Le niveau des eaux a baissé, mais des millions de personnes restent sans abri et sont exposées aux maladies, essentiellement liées à la consommation d'eau non potable. » Express.fr, le 15 août.

« Des pluies diluviennes continuaient de s'abattre samedi en Afrique de l'Est alors que des inondations ont déjà forcé des centaines de milliers de personnes à se déplacer, augmentant les craintes d'une pénurie de vivres et d'une propagation des maladies dans la région. "De nombreuses personnes ont cherché refuge dans des églises (...) tandis que d'autres ont quitté les zones touchées pour aller rejoindre des membres de leurs familles. » AFP, le 18 août.

« Selon les calculs des équipes de la FICR, au moins 14.000 maisons ont été détruites dans deux des six provinces inondées : Hamgyong Sud, sur la côte est, et Kangwon, près de la frontière sud-coréenne. Un peu plus tôt, un responsable du Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU avait estimé à 300.000 le nombre de personnes potentiellement affectées par les intempéries. » Le soir en ligne,15 août.

D'autres damnations ont marqué notre temps, intolérables car portant atteinte à la dignité même de l'homme. La plupart du temps, il s'agissait de massacres portant sur Terre le feu de l'Enfer. Ce feu que l'homme a volé à la nuit, dont il a fait un instrument de torture et d'abomination. Le feu, autre élément d'apocalypse que l'homme s'est approprié, lui qui a expulsé Dieu de sa raison ! Ce même feu qui brûlait les livres sous le nazisme, les sorcières sous l'inquisition et les juifs à Auschwitz et à Sobibor ! Qu'y a-t-il de pire que cette damnation de l'humain, que cet enfer que l'homme entretient ici et qui déchire l'Histoire ? Peut-être le temps est-il venu de payer  pour nos fautes, celles qui justifieraient notre condamnation. 

« Les déportations commencent. Une première vague d'arrestations a lieu entre le 22 juillet et le 12 septembre 1942 : 300.000 Juifs sont arrêtés et conduits au camp de Treblinka où ils sont exterminés. 5000 à 6000 personnes chaque jour sont ainsi emmenées vers la Umschlagplatz d'où elles sont déportées par trains vers le lieu de leur extermination! Il ne reste plus ensuite qu'environ 70.000 Juifs dans le ghetto dont la surface est rétrécie. »

« Le 19 avril 1943, les nazis décident de déporter les derniers Juifs et pénètrent en force dans le ghetto encerclé : 16 officiers et 850 soldats participent à l'action. La résistance est pourtant très importante. »

Soyons donc attentifs à l'Histoire. Aucune société n'est à l'abri de ses répétitions. L'Histoire a montré les tourments de l'enfer, elle peut nous faire craindre une damnation pour notre incapacité à vivre ensemble, avec l'Autre. L'homme fait face à des catastrophes écologiques inquiétantes, aux guerres qui se répètent, à la misère sociale. Il serait temps de faire renaître ce qui a été expulsé avec tant de violence : la parole.

Il faut croire que ce sont les riches, les puissants, ceux qui ont quelque chose à perdre qui ont le pouvoir de la parole. Ceux qui sont capables d'exclusion , de mainmise sur l'économie, la politique. Il semble que quelque soit le verbe, il s'agit toujours de rejet, de refus, de renvoi. Nous expulsons une misère parce que nous ne trouvons pas les moyens de la combattre, nous accusons de tous les maux ceux qui ne nous ressemblent pas. Et cette petite minorité, ces marchands du temple que Dieu n'a pas encore expulsés,  font leur pain sur le dos de la misère humaine depuis que l'homme a inventé l'argent !

Regardons autour de nous, à Cachan,  en août 2006 : « Le jeudi 17 août, les forces de police ont procédé à l'expulsion, dans des conditions qui s'apparentent à une rafle, de près d'un millier d'habitants qui occupaient depuis plusieurs années un bâtiment de la cité universitaire de Cachan dans le Val de Marne. » Sud éducation.org.

Et regardons aujourd'hui : « Après l'accident d'Ivan jeudi à Amiens, le Réseau éducation sans frontières fustige dimanche le renvoi dans leur pays d'un Mongol et d'un Ukrainien ce week-end. » Libération, le 12 août. « C'est un enfant, il a douze ans, il est entre la vie et la mort à Amiens. Il aurait pu être Chinois, être plus âgé, et le drame aurait pu avoir lieu à Dôle, Lyon, Lille ou n'importe où en France. Ce n'est pas un accident. C'est l'effet direct et inéluctable de la politique imposée aux préfectures et aux policiers par le gouvernement. Les services sont soumis à des quotas en matière d'interpellation. » (125 000 exigés par le ministre en 2007) et d'expulsions (25 000). RESF, communiqué du 9 août 2007.

Regardons les enfants qui ont peur à l'école, les parents qui ne quittent plus leurs 10 mètres carrés de peur d'être contrôlés par la police. Les rafles à l'abri de tous les regards, les quotas, les arrestations arbitraires. Peut-on supporter ces conditions sans avoir expulsé de soi-même une certaine humanité ? Ceux que nous expulsons des immeubles, ceux que nous expulsons de nos entreprises, ceux que l'on refoule parce que différents, ne sont-ils pas eux aussi désireux de paix et de prospérité ?

Au final, ce fossé entre les hommes, les cultures, les nations, est palpable ici et ailleurs. La majorité des hommes est exclue du progrès, ne vit que des restes et de presque rien, subissant les assauts du climat, vivant dans une violence permanente, sans la possibilité de se faire entendre.

Chez nous, les artistes n'ont plus la parole. Il devient de plus en plus difficile d'émettre une idée, une opinion. Les grands médias bâillonnent l'expression. On expulse, on efface, on dissimule. Ecrire, créer est un acte de résistance qu'il faut assumer sous peine de silence. C'est ainsi que de nombreuses voix s'élèvent avec l'espoir de se faire entendre.  

Ces deux thèmes : l'exclusion, l'expulsion sont en ce moment, je le suppose, chers à Lili-Oto, un artiste bordelais, et pourraient lui inspirer quelques créations. Les artistes qui se sont eux-mêmes exclus d'une certaine facilité, d'une relation privilégiée à l'argent, eux qui souhaitent autre chose que l'éternel combat, la sacro-sainte compétition, ont à charge de nous proposer une autre vie. Partout où un peintre dresse sa toile, où un artiste installe son oeuvre, il y a interrogation, comme pour dire : le miroir qu'est la création ne fait pas qu'expulser votre image, il la sanctifie, la sacralise, la dresse au rang d'énigme. L'artiste vous questionne : dans quelle mesure êtes-vous prêts à raccorder en vous les fils de la lumière avant que l'ombre ne l'engloutisse dans un abîme noir et sans fond ?

15:25 Publié dans Société | Lien permanent