09.07.2008
Arrêt d’horloge...
Arrêt d’horloge et de temps. Une fluctuation imperceptible du vide très haut vers le firmament provoque la métamorphose annoncée d’un cercle de feu en croissant luminescent. Les vagues s’épanchent en vastes gonflements, parfois éclatent en papillons de nuit. Au large, un château de verre, mystérieux, attend. Je n’habite pas les étoiles, ni ces forêts de pins. Je ne suis pas dans ces empreintes sur le sable et pourtant il me semble être déjà passé par ici. L’écume blanche est comme un long chemin qui s’étend des deux côtés de l’horizon. Ma solitude est comme un phare éteint. Je suis impatient de quelque chose, comme du jaillissement soudain d’une supernova, peut-être même de l’ouverture d’une porte dans la nuit et aussi, sûrement de la disparition de tout. Ma montre arrêtée n’indique pas les cinq heures.
© Daniel Brochard. Poème publié dans Comme en poésie, n°11, septembre 2002.
19:53 Publié dans En revues | Lien permanent | Envoyer cette note
05.07.2008
Par une journée d’été...
Par une journée d’été, tes yeux étaient aussi clairs que le bleu du ciel. Dans le jardin, un homme assis derrière un arbre, la joue collée aux fleurs, lisait un livre. Cet homme avait quelque chose de mystérieux, comme une agitation qui derrière un masque d’apparences devait vivre intensément. Ses mains tournant les pages, ses yeux fixant le néant. Peut-être un mot, une phrase l’avaient-ils intrigué et il se laissait envahir par leur essence, cigarette aux doigts et cet air impatient et intrigué de quelqu’un qui cherche à comprendre. Moi, j’étais assis sur cette chaise de jardin et je lisais mon livre. Les mots sont des pétales d’encre de Chine collés sur un papier. Ils n’ont de teneur, de sens, que pour l’esprit. S’échapper, s’envoler pour une seconde, pouvoir se dépasser une fois dans sa vie, et découvrir l’éternité ! Moi, j’étais assis dans ce jardin, un verre posé sur l’herbe.
© Daniel Brochard. Poème publié dans L'échappée belle, n°12, novembre 2004.
13:14 Publié dans En revues | Lien permanent | Envoyer cette note
24.06.2008
Je ne suis pas ce reflet...
Je ne suis pas ce reflet menteur dans le miroir. La vision s’évanouit tellement elle est absurde. Je préfère de loin cette lumière dont je suis fait et qui ne préjuge pas de moi. Mais alors de quoi suis-je fait ? De mots, de sens aussi insignifiants les uns que les autres. Et si je ne suis pas moi, alors c’est que cette lumière aussi me trompe. Je suis un vent qui souffle sur ton coeur.
***
L’air d’un songe, nous traversons les rues désertes. Levons les yeux vers la lumière nocturne et son cortège de sens. Nous partons vers ces champs d’étoiles, révolte au poing. Un voile aveugle rend le monde insipide. Je rêve.
---
© Daniel Brochard. Poèmes publiés dans L'arbre à paroles, n°121, septembre 2003.
13:40 Publié dans En revues | Lien permanent | Envoyer cette note
02.06.2008
Sous le duvet...
Sous le duvet du parapluie se tient le guetteur. L’éclat du cristal ressemble à la ligne de tes yeux. Le chevalier en armure s’est forgé une épée de ronces et de flanc de sauterelle. Après la révolution technologique viendra l’ère spirituelle. La clairvoyance est une faculté giratoire. L’ascendance des lumières est aussi forte que l’encombrement des rues un vendredi soir. Nos lacets défaits, nous ne pouvons que buter sur le tronc d’un platane. Il n’y a pas que les automates qui soient dépourvus de raison. Nous sommes aussi vides qu’une maison hantée. Et le sommeil a des profondeurs abyssales.
© Daniel Brochard. Poème publié dans L'échappée belle, n°11, novembre 2003.
20:08 Publié dans En revues | Lien permanent | Envoyer cette note
16.05.2008
J'ai besoin...
J’ai besoin d’un peu de silence. Ecoutez mon corps... J’entends un écho comme une musique noire qui vient du fond des âges. C’est un steak posé sur une balançoire. Collez-vous à ce coquillage, vous entendrez le son de la mer. Ça y est, je distingue bien la scène. Aux indigènes la magie noire. Sur la plage, ils chantent et dansent autour d’un feu. Les incantations, les sorts jetés qui se poursuivent jusqu’au bout de la nuit. C’est un immeuble aux pétales de roses. Un bracelet d’épines. Une fourchette à roues. Sur un chemin, Jésus porte sa croix. Je voudrais me dégager de toute religion, de toute physique, de tout pays, de toute famille, mais surtout de toute pesanteur. Pouvoir voler comme un oiseau, être le corps d’un autre. Avez-vous entendu la danse ? Je ferme ma chemise, je ferme ma bouche. Vous n’entendrez plus rien. Devant moi, l’étendue de l’océan.
***
Se promener dans le monde avec cette appréhension de ne jamais pouvoir s’élever. Etre l’ombre de soi-même, insipide et qui vous suit partout.
Et soudain, s’élever vers les anges.
Fenêtre de brume donnant sur l’au-delà.
Disparition de moi-même. Dissipation de l’âme.
Et dans un coin de la chambre un vieux livre ouvert.
---
© Daniel Brochard. Poèmes publiés dans Verso, n° 131, décembre 2007.
Verso. Alain Wexler. Le Genetay. 69480 Lucenay.
Abonnement : 20 euros / 4 numéros.
20:05 Publié dans En revues | Lien permanent | Envoyer cette note
06.05.2008
Un port de pêche...
Un port de pêche, en fin d’été. Un goéland fait sa ronde. Les nuages sont des barreaux que ne traverse qu’une lumière diffuse. La ville s’étire en falaise. Quelques restaurants offrent des menus à bon marché sous la lanterne qui clignote. Les passants font les cent pas en attendant d’y voir plus clair. Les pêcheurs remontent les filets. Heures absentes, l’éternité a pris les chemins de traverse. Le bout de la rue est en feu, les charognards ont pris position. Silence d’automne ; le bruissement du vent me glace le dos. Les volets claquent et les chiens effrayés se sont mis à courir. Mon imperméable s’est déchiré contre les rochers mais je suis couvert de feuilles et je marche. Je ne saurais éviter cette lumière, je ne saurais regarder ailleurs. Tout mon corps est porté naturellement à ne suivre qu’une trajectoire. Mon esprit n’est occupé que par ce point. Tout mon être semble à cet instant n’être fait que pour cette attention particulière. Quelque chose en moi est attiré ; ces maisons, ces passants, ces voitures, cet air soudain glacial, rien ne peut me détourner de la contemplation. Tout retour en arrière est un arrêt du temps.
© Daniel Brochard. Poème publié dans Poésie sur Seine, n° 63, décembre 2007.
Association Poésie-sur-Seine. 13, place Charles de Gaulle. 92210 Saint-Cloud.
Abonnement : 25 euros. Moins de 25 ans : 16 euros.
13:20 Publié dans En revues | Lien permanent | Envoyer cette note