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24/04/2008

Chaque homme est assassiné

J'ai tourné dans tous les sens des pensées impossibles, je me suis tapé violemment la tête contre le mur, j'ai voulu en finir avec cette saleté d'écriture, pour laisser le vide, le calme... mais rien, il n'est pas de repos ici-bas, on est pas sur Terre pour foutre que dalle, faut bosser comme des charognes ! Qui a été le premier à s'élancer... le mot ou l'esprit ? Je veux dire : suis-je esclave des mots et puis-je briser mes chaînes ? De toutes façons, les deux, on expulse ! On peut pas en stocker là dans les neurones, faut que ça sorte, à tout prix, faut que ça circule, faut que ça bouge sur les murs de la caverne ! Alors, on ne peut pas ouvrir le gaz, faut continuer à marcher au garde-à-vous ! Quand y a plus de piles, quand les batteries sont à plat faut prendre ses jambes à son cou, faut dégager vite fait ! Faut racler au fond du cerveau, agiter les ombres. C'est que ça raconte des histoires impossibles, pas faciles à comprendre. Je pose mes mots sur le réel comme je peux, je me brûle les doigts sur les mots... les mots c'est pire que tout, ça vous consume de l'intérieur, ça vous découpe en morceaux ! Même à marcher sur la plage déserte, y a toujours les mots qui cognent aux carreaux ! Y a toujours des massacres, des tortures dans la tête ! Alors, on peut pas aller se réfugier à l'autre bout de la terre, faut pas croire au Père Noël et aux contes de fées ! Où que vous alliez soyez prêts à affronter vos propres mots ! Ca vous court après comme un chien et ça vous mord le cul ! Il convient de rester immobile, à l'affût, prêt à dégager au bon moment quand ça vous saute à la gorge ! On peut toujours écrire une histoire avec les mots et quand elle est finie, on peut toujours rajouter un chapitre, un autre cauchemar, un autre charnier. Alors, fermer sa gueule, en quelque sorte, c'est tout à fait égoïste, c'est même carrément impossible ! Y a trop de cons sur Terre, on peut pas s'en tirer comme ça ! Et puis à l'intérieur aussi, ça s'agite trop dans tous les sens ! Alors, j'estime ne pas avoir le droit de fermer ma gueule. Puisque j'ai reconnu l'écriture comme élément vital. Tout comme j'ai une carte Vitale qui me sert à la pharmacie, j'en ai une sous les doigts pour la santé de ma conscience. Je sais que l'exercice est sans fin. Il ne s'agit pas d'une activité comme une autre. Et c'est désespérant. Désespérant de courir après les mots. Désespérant de s'agiter pour tout, pour rien. Un mot est-il écrit qu'un autre, que mille autres se pressent ! Le repos même est volé, précaire, menacé par tous les synonymes, par tous les signes de la langue française ! Chaque expression est une rumination. Je suis une vache : je rumine ! Une vache dans le pré qui regarde passer les trains. Je m'en fous pour ma gueule ; le repos tout relatif est bien là. Mais je suis alerte, attentif puisque c'est la nature de l'homme depuis qu'il a découvert le feu. Des centaines de milliers d'années plus tard, l'homme n'est pas sorti de sa préhistoire. Il s'enfonce dans les ténèbres. Je suis et nous sommes un élément insignifiant de ce monde. Ce n'est pas une raison pour se taire, pour ne pas gueuler sa rage partout où il est possible de la gueuler. Alors, on découvrira que nous ne sommes que des photons. Oui, la poésie n'a pas d'avenir dans les mots. Elle n'a pas d'avenir dans une construction qui la tienne. Elle est un château de cartes dès lors qu'elle oublie qu'elle est née et qu'elle est fruit de l'impossible. Déchirez vos poèmes ! Postez-les comme des nuages de coton dans le ciel. Si on peut encore croire à la poésie. Si on peut croire à son pouvoir de transformation. Oui, nous ne sommes pas fruits du poème, mais fruits des famines et des massacres passés et à venir. Terribles conséquences sur les mots. Terribles conséquences sur l'esprit. Le poète est un homme. Pas plus avancé ni plus intelligent qu'un autre. Le poète se tient au pied de la tour de Babel, face à toutes ses contradictions, sommé par sa conscience d'effectuer toutes ses métamorphoses. L'esprit encaisse, mais c'est bon pour la gueule. Il est bon de voyager, de découvrir de nouveaux horizons. Je suppose qu'il n'y a pas de clef. Je suppose que les questions se posent à chacun. Qu'on voudrait tous dépasser notre propre horizon. Je suppose qu'il n'y a pas de méthode, seulement des choix qui se font à chaque instant de la vie. Si la poésie est un miroir de nous-mêmes, à nous d'en faire une arme. A nous de faire du poème la foudre qui déchirera le ciel. Voyez, je crois encore à la poésie ! Alléluia ! NGC 581 n'est peut-être pas mort ! Mardi soir sur Arte le documentaire Le cauchemar de Darwin sur la vie en Tanzanie au bord du Lac Victoria et la mondialisation. Je ne mangerai plus de Perche du Nil. Des images insoutenables - mais elles sont bien de ce monde - de têtes de poissons frites et séchées au soleil parmi les vers et la puanteur... On y travaille les pieds dans la boue. Les enfants sont en haillons et se battent pour une assiette de riz. Ils sniffent de la colle. Fument. Dorment dans la rue. Les avions viennent à vide ou amènent des armes et repartent en Europe avec les poissons. Pour gagner de l'argent, il faut en vendre beaucoup et ils sont de plus en plus rares. On souffre de famine. Parfois, il faut faire la guerre. Un article du dernier numéro de La Vie indique que 24 000 personnes meurent chaque jour des conséquences de la faim, dont 18 000 enfants. Il n'y a pas de mots pour ça. Il n'y a pas de mots pour décrire tant de choses qui se passent aujourd'hui ailleurs, dans les murs et aux portes de ce monde occidental.

« M. JEAN ZIEGLER, Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation, a indiqué que malgré les nombreuses promesses faites pour éradiquer la faim lors du Sommet mondial de l'alimentation en 1996, le nombre de personnes souffrant de la faim ne cesse d'augmenter. Aujourd'hui, 852 millions de personnes souffrent de la faim, 24 000 personnes meurent de faim chaque jour, un enfant meurt de faim toutes les cinq secondes et six millions d'entre eux n'atteindront jamais l'âge de cinq ans.  Cela dit, la planète produit de quoi nourrir tous les habitants de la planète et pourrait même nourrir 12 milliards de personnes.  La faim et la famine constituent donc une violation des droits de l'homme, a estimé M. Ziegler. Chaque homme qui meurt de faim aujourd'hui meurt assassiné, a-t-il dit. » Assemblée générale des Nations-Unies 25 octobre 2006.

18:09 Publié dans Réflexions | Lien permanent

06/04/2008

Ailleurs

Qu'il soit d'ici ou d'ailleurs, la vie du poète est un combat. Qu'il s'agisse d'un combat sur lui-même, d'un combat contre un asservissement ou une dictature, contre un ordre social établi et injuste. Nous devrions tous être attentifs à ces combats, car ils font notre identité, ils portent les valeurs chèrement acquises et auxquelles nous croyons : celles des Droits de l'Homme. Ce combat n'est jamais gagné d'avance mais il nous concerne tous à chaque instant. Il est plus qu'urgent de prendre la parole au nom de la poésie et de ces valeurs inaliénables, peut-être pas pour nous mais pour ceux qui croient encore fermement aux fondements et aux vertus de cette parole.

Le poète dérive dans l'océan de son esprit ténébreux, à la recherche des photons comme autant de réponses à ses questions existentielles. En principe, une phrase vient après l'autre, sauf quand la douleur est trop grande, quand la parole ne suffit pas, quand il est impossible de s'exprimer en dehors d'une éructation involontaire ; alors l'écriture prend une dimension tragique, ne tenant sa libération que dans la rumination de la souffrance, insupportable. Le poète ne découvre l'or de son esprit qu'à force de travail, au prix de sa sueur. Le plus souvent, on peut lire sur sa porte : « Fermé, ne pas déranger. » C'est qu'il vit reclus dans sa caverne occupé à lutter contre des pensées qui n'ont jamais de fin. A quoi rime donc cette activité journalière ? N'espère-t-il pas accéder par là à un autre niveau de conscience ? Pourtant, il sait bien que rien n'est magique en ce monde, qu'il n'y a pas de miracle, que tout résulte d'un travail, d'un lent et difficile travail. Une à une, il explore les strates de son esprit, avec à chaque instant une idée de la fin. Il rêve du moment où il pourra se détourner de toute cette attention, mais il sait, il sait que seule la mort peut lui apporter cette ultime réponse. Alors il continue. Il reprend chaque matin sa route, refait éternellement les mêmes sentiers, se repasse incessamment le film de sa vie. Comme le condamné à mort qui fume sa dernière cigarette, il se souvient, en une seule minute l'intégralité de son existence repasse devant ses yeux. Comme si chaque seconde allait être la dernière. Et il ne peut pas passer à côté. Il ne peut pas ne pas ressentir cette angoisse qui lui remonte au cœur. Dans son royaume aquatique, l'éternité ne dure qu'une seule seconde et chaque seconde est une éternité. On se demande bien par quelle ouverture, par quelle brèche dans le tissu du néant son angoisse insurmontable se transforme en bain de soleil. Mystérieux est le passage entre ces états contradictoires. Pour chaque porte il existe une clef. Pour chaque poison il existe un antidote. Du moins c'est ce qu'il peut croire. Jusqu'à trouver la dernière porte, le dernier passage vers l'Autre monde. C'est bien ainsi qu'enfant, il s'imaginait le monde, c'est ainsi qu'il concevait la réalité. Et puis, qu'y a-t-il derrière le miroir ? Qu'y a-t-il au bout du chemin ? Comment se résoudre à ne pas savoir ? Il lui faut absolument savoir. Ses textes sont-ils définitivement condamnés à rester inachevés ? Sa pensée devra-t-elle rester en suspend ? Car il sait bien que les mystères de ce monde sont impénétrables. Il sait qu'en dehors du réel, il n'y a rien. Jusqu'au moment ultime il s'arrachera les cheveux. Jusqu'à la fin il continuera son étude, afin de savoir ici ce qu'il en est. Quelle présomption ! Mais peut-on lui reprocher sa curiosité, son intérêt pour ce qui défie la conscience depuis le début des temps ? Avec lui je ne cesse d'étudier cette réalité. Avec lui je m'insurge de la monstruosité de ce monde. Avec lui j'essaie quelques paroles dans l'utopie de peser au moins sur ce qui m'entoure. Et avec lui je suis face à ce miroir. Mon corps prend l'allure d'un point d'interrogation, les mots sont mes membres. Voici ce que je peux donner. Voici tout ce que j'ai pu rassembler de l'éparpillement, des neurones de ma conscience. Il y a forcément autre chose, ailleurs. Evidemment tout n'est pas dit dans ce miroir, je garde en moi et au fond des trous noirs un trait de caractère que je ne connais pas encore. Je suis un être inachevé. Je suis constitué de mes multiples reflets dans le miroir. J'ai derrière moi toute l'existence des cascades et des randonnées en montagne, tous les moments passés au bord de l'eau. Est-ce cela que nous appelons l'inconscient ? Cet océan intérieur, infini, cet horizon de stabilité et de dangers, de possibilités insondables. Et puis, avec lui je me demande : « - Où va-t-on ? » Avec lui je suis face à la fenêtre, la même fenêtre de mon enfance. Avec lui je regarde les étoiles, je distingue les constellations. Je me dis que le bonheur est ici, dans ce jardin, les yeux au ciel. Que la vie terrestre n'est qu'un passage vers une autre réalité, vers un autre espace-monde. Que cet être fugitif va peut-être s'inscrire dans la continuité des étoiles. Evidemment je rêve, évidemment je suis ailleurs. Evidemment je n'ai pas d'intérêts dans une vie matérielle. Je prépare mon accession vers l'au-delà, la montée vers le ciel. Me voici sur le quai de la gare, à attendre le train. Voici que mon corps est compressé dans le wagon. Voici qu'au-dessus de la ville s'échappe mon impossible rêve. Le saisir un instant, le suivre jusqu'à sa disparition dans les ténèbres. Utiliser son vol pour s'éloigner de ce monde. Ce monde qui appartient aux rêveurs et où le poète se tient avec le désespoir des oiseaux et l'espoir d'un ailleurs.

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22/03/2008

Projet K

Hors de soi toute la violence du monde, toute la haine rechargée au creux des mains. Hors de soi l'impossible accomplissement du chemin. Hors de ma tête le désespoir ! Face contre terre dans l'aliénation du cri. Il y a de multiples choses que la raison ne peut concevoir, il y a des puzzles qui ne se finissent jamais. Hors de ma tête la marée noire, le hurlement des mouettes. L'ouverture du soleil dans la toile plissée du ciel annonce le naufrage des synapses. C'est qu'il y a encore ce mur d'eau. Cette envie de se frapper la tête. Tous les matins du monde se sont donné rendez-vous. L'heure du poème impossible a sonné. Il est temps de partir sur les routes, de traverser la nuit. Hors de moi les étoiles. Mon corps exténué sur la piste. Ma pensée s'enflamme. Trop de choses incompréhensibles. Hors de soi toute la violence du cœur, t'étouffement, la rumeur. Hors de nous les villes. Les bombardements. L'œil est plus affûté que la lame. Le regard déchire la peau. Le rêve comme une pierre de lune à la surface de l'eau. Royaume minéral à la croisée des chemins. Il y aurait bien d'autres choses à dire que le poème. Mais quoi du sentiment ? Mais quoi de la possibilité de la vie, de la quête ? On m'a dit d'écrire le poème. On m'a dit de réaliser l'expérience. Et quoi de moi ? Cette douleur. Vers où ? L'impossibilité de la vie au sein des mots. Le non-sens de la rime, celui du poème revient à s'érafler les doigts. Hors de soi le sang sur la pierre comme un hippocampe qui fume un dernier cigare avant de s'enfoncer dans la nuit. Hors de soi la brisure de lame. Le métal réalise sa besogne. La voiture explose. Hors du poème. Ici et ailleurs. Le silence du cri retentissant. La peine. Première page dans les journaux. Premières pensées du matin. Premières gorgées de café. Les gamins dans la bagnole. Les étudiants dans leur train. La statue du Général est sur la place. Les voitures tournent autour. Je n'ai pas besoin de pénicilline. Je n'ai pas la grippe. Je dis qu'il y a quelqu'un dehors au milieu du jardin de la mairie. Je dis que j'attends la pierre qui me ramènera au fond. Je dis hors de moi toute la violence du monde. Hors de moi la guerre. J'ai mal à la jonction de mes neurones. Ca saigne. Je dis que ça saigne dans mes neurones. Je dis que j'attends la dernière ligne parce qu'ici ça s'infiltre dans les mots. Les mots bientôt n'auront plus de place. Je dis qu'il n'y aura bientôt plus de place pour les mots. Je dis qu'il faut effacer le programme parce que le programme est notre propre ennemi. La machine entretient toujours le même programme. Il s'autogénère, s'autoalimente. Il est impossible de trouver une alimentation en dehors de la machine. La machine vit et respire dans mes mots. Mes phrases sont les articulations de la machine. N'allez pas effectuer une mauvaise opération susceptible de perturber et d'effacer le disque dur. Gare aux fils dénudés, aux surtensions ! Attendu que je devrais m'éteindre dans pas longtemps. Ceci n'est que la lumière hors de moi. Ce n'est que la respiration de votre ordinateur. L'ordinateur est un réseau connecté à travers le monde. Il vit, respire et s'alimente par ses propres moyens. Ceci n'est qu'un des effets multiples du programme. Hors de soi toute la violence du monde dans les ordinateurs. Je dis qu'il faut aller hors de soi et des ordinateurs. Hors de moi la fin du monde et des ordinateurs. Le programme est voué à sa propre destruction. Le programme a été créé dans les tous premiers temps du monde, il est normal que sa fin soit proche, dans la mesure où le courant sera coupé pendant la nuit, hors du contrôle de la raison, hors des réseaux et des connexions. Hors du monde.

20:11 Publié dans Réflexions | Lien permanent