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26/10/2007

A l'heure du crépuscule à Madagascar

"Pour le Père Pedro, l'aventure commence en 1989. De retour des rizières du Sud où il fut missionnaire une douzaine d'années, le prêtre découvre un jour, au-dessus de Tana, une multitude de miséreux pieds nus au milieu des rats. Enfants et adultes ne vivent pas seulement sur, mais "par" les ordures. Dormant parfois dans des tunnels creusés sous les immondices, ils sont des milliers, armés de crochets, à s'échiner du matin au soir pour récupérer les miettes d'une société de sous-consommation. La confrontation brutale avec ce "peuple de la décharge" agit sur Pedro comme une nouvelle révélation. Il va consacrer sa vie à sauver ces damnés." LE MONDE, 20.06.05.

Et pendant ce temps les supermarchés n'ont jamais été aussi pleins. Vu l'autre soir à la télé aux infos les enfants en haillons qui fouillent les décharges ; avant le compte rendu du rugby, la pub, la soirée disco. Ca pèse pas lourd. Et on est là à gueuler sur les retraites, sur le pouvoir d'achat. Oui, des pauvres il y en a ici aussi. Même avec un BTS en informatique on pointe au chômage. "Mais tout le système, fondé sur la sélection, vise à exclure, à tous les niveaux, afin de ne conserver que les "meilleurs" selon le goût du jour." : Georges Rose dans Noir de lumière (Editions Henry). On ne se figure pas assez qu'une vie ne vaut rien face à la Bourse, aux marchés, aux multinationales. On peut construire des temples, des hôtels, des usines en plein désert, pourvu qu'il y ait de l'argent, des intérêts en jeu. Madagascar déborde de richesses et de ressources naturelles, mais elle n'a pas d'argent. Il s'agit de vivre avec quelques dollars par jour arrachés au prix d'un travail pénible. Les enfants manquent de moyens à l'école, de vêtements, de bicyclettes, de soins médicaux, de nourriture... On ne sait même plus ici la valeur de l'eau potable, de manger à sa faim, d'avoir des loisirs. Là-bas, un jean même usé est un trésor, un livre est un trésor, un objet utile peut changer toute une vie.

On se demande au nom de quoi les riches veulent toujours être encore plus riches et pourquoi les pauvres sont toujours laissés sur le carreau, loin des regards. On se demande ce qui justifie autant d'écarts, on peut regarder les rayons des supermarchés pour constater que rien ne tourne rond.

Nous poètes, quelle est la véritable valeur de notre discours ? Il est toujours plein d'enseignements de se demander quelle place on occupe dans le monde, ce qu'il est possible de faire soi-même à son niveau. Qu'y a-t-il donc d'important dans le fait d'écrire ? Est-ce qu'écrire ses sentiments, sa vie, raconter une expérience est si important ? Pour soi, oui certainement. Pour pouvoir échanger, discuter, partager aussi. Et pourquoi ne pas vouloir aussi peser sur ce monde à travers ce moyen qu'est l'écriture, se dire que cela en vaut bien un autre ? La poésie n'aurait d'intérêt que dans les échanges qu'elle suscite et cela suffirait à la justifier amplement. Tout cela est-il si éloigné de Madagascar ? La poésie ne prend-elle pas pour sujet le monde et donc aussi Madagascar ? Comment mesurer la valeur d'un discours ?  Que demandent  nos poèmes sinon d'être lus ? Et donc a qui appartient la parole ? N'appartient-elle pas aux riches, aux puissants, à celui qui de tout temps a possédé le feu ! N'avons-nous pas pour devoir d'être des « voleurs de feu » ?

Prière :

Seigneur, donne-moi ma ration quotidienne de bonbons Haribo. Sans eux je suis malheureux. Sans eux mon cœur éclate et mes boyaux se dispersent dans la rue. Mes neurones explosent. Mes yeux se transforment en glaçons. Seigneur, tranche-moi le cerveau à coups de hache ! Taillade-moi les poignets, je ne suis pas un simple consommateur, je suis condamné a être plus que moi-même. Je ne suis pas un simple locataire. Je n'ai pas la valeur de mon relevé de compte ! J'avoue avoir écrit quelques poèmes. J'avoue avoir gueuler bien fort pour affirmer mes idées. J'avoue avoir voulu rétamer la gueule à un copain pendant la récréation. Mais vois... j'ai la même peau usée, le crâne dégarni et le ventre rond. Je ne fais qu'habiter mon lopin de terre. Sans gloire, sans illusions. J'ai en moi toute la réalité de l'Holocauste. Je suis coupable et prêt à recevoir ton châtiment. Madagascar c'est loin, mais ça me concerne aussi un peu. J'ai les mêmes atomes, les mêmes gènes. L'océan est une goutte d'eau. Bientôt nos navires sombreront au fond de l'Atlantique, les forêts seront parties en fumée et le ciel pleurera des larmes de cendre. J'épouse l'horizon de Madagascar comme la finitude de ce que je peux offrir de mieux. Corps, Esprit, j'ai bien mérité ton châtiment. Je ne suis qu'un bout de la pauvreté à Madagascar.

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Vu à la télé hier soir le début de la Star Academy. J'ai pas fini de vous en reparler. 17 lobotomisés se sont enfermés dans un château. Ce n'est pas encore l'heure de la révolution.

19:45 Publié dans Société | Lien permanent