15.03.2008

Un métro plus loin

Le CAC 40 a dépassé les 4700 points. Que voulez-vous faire d’une information pareille ? Le CAC 40, c’est la dure réalité de la vie. Ca vous troue le cul. On vous en fait bouffer tous les jours à l’heure des repas. On estime à 2,8 milliards le nombre de personnes survivant avec deux euros par jour. Quant à Lakshmi Mittal, sa fortune est évaluée à 28,23 milliards d'euros. C’est bien connu : l’argent ne fait pas le bonheur – mais ça aide.

Métro Château rouge, je sors de la rame et monte l’escalier vers la surface glaciale. Odeur de marrons chauds. Bruits de voitures. Temps gris. Il doit faire meilleur de l’autre côté de la Terre, sûrement. Mais Paris, c’est tout petit, on peut à chaque instant y rencontrer un ami, un cousin… J. habite pas très loin. « Habiter » c’est un grand mot, on devrait plutôt dire qu’elle occupe 15 mètres carrés avec ses parents et qu’il faut pousser les meubles pour avoir l’impression d’y vivre. C’est une impression, parce qu’ici c’est tout petit, on est entre quatre murs, Paris est un mythe, une invention pour faire croire aux enfants qu’il existe autre chose que la grisaille et les ordures. Chez J. dans les toilettes il n’y a pas de chasse d’eau, on utilise une bassine, et il arrive d’y rencontrer un rat. Quand on y monte, on peut croiser le vélo du papa quand il n’est pas au travail. Au premier étage, on a l’impression de pénétrer dans une cellule de prison, ou dans une soute étroite d’un navire. Difficile de croire qu’on est à Paris, une des plus belles villes du monde. Il n’y a qu’une fenêtre, le matelas des parents de J. est contre le mur pendant la journée pour donner la place de mettre la table. La vie chez J. est ponctuée par la télé. La maman de J. prend des cours de Français. Le papa travaille sur les chantiers au noir et assure la subsistance et le loyer. Quant à J., elle est en quatrième et travaille plutôt bien. Le papa est venu du Maroc et travaille à Paris depuis 7 ans. Il y a trois ans, sa fille et son épouse sont venues le rejoindre. J. a dû apprendre le Français et est désormais bilingue. Le tonton de J. lui aussi travaille. La famille doit payer le loyer de cinq cents euros par mois. Une fortune pour une seule pièce et depuis 7 ans ! Quand elle aura l’âge légal, J. pourra poser une demande de titre de séjour de droit (pour la naturalisation, c’est une perspective à très long terme, si elle intervient un jour… !). En attendant, elle tâche de bien apprendre, ce qui décidera de son avenir. Les parents de J. ont souvent un sourire sur les lèvres. Partager le couscous et boire le thé est un moment de convivialité extraordinaire où les regards, les paroles s’échangent. C’est qu’être ici dépasse les horizons des quatre murs. C’est qu’il y a une telle humanité dans ces rapports amicaux qu’on se demande comment il est possible de survivre malgré la peur et l’enfermement. Quand on observe le papa de J., son regard enchanté, la fierté qu’il doit ressentir pour sa fille, on ne peut s’empêcher d’avoir un pincement au cœur et d’admirer cet homme innocent et travailleur. Difficile de demander une régularisation sans risquer d’attirer les foudres d’une dénonciation, sans ouvrir la porte aux assauts de la police. On sait bien que tous les jours, des gens sont arrêtés chez eux ou dans la rue. On sait bien que l’âge n’y change rien. Que les reconduites à la frontière sont journalières et que les distinctions entre les individus restent arbitraires. Alors, il s’agit de rester discret. Le Réseau Education Sans Frontières compte sur ses membres et bienfaiteurs pour limiter les expulsions et rendre décentes les conditions de vie de ceux qu’il conviendrait de nommer des « réfugiés ». Le danger est permanent et la résistance indispensable. Les quotas grondent. Hortefeux veille à l’ordre ! Sarkozy chapeaute les opérations ! Comment croire que tous ces gens travaillent pour un développement équitable entre les peuples et les civilisations quand on voit le sort réservé à des familles qui ne demandent qu’à vivre en paix de leur propre travail ? Comment croire aux politiques et aux bons sentiments de ceux qui fixent des quotas (25 000 expulsions en 2007) face aux détresses et aux volontés d’intégration qui animent le cœur de ces familles. A des situations particulières se substitue une politique disproportionnée et injuste. Et surtout : comment avoir bonne conscience à effectuer cette besogne immonde ? Il y a un an, nous sommes allés visiter avec J. le tout nouveau musée des « Arts premiers » du quai Branly. Je réalisai toute l’importance symbolique de cette visite dans un lieu qui sanctifie les différences entre les civilisations. Nos frontières ne sont pas faites de murs, nos consciences ne sont pas obstruées par les préjugés, la peur des autres et le rejet. Tout l’objet de la notion de Culture consiste à rassembler les Hommes autour de leurs différences, de leurs particularités sociales ou historiques. Et comment peut-on imaginer qu’un jour les parents de J. puissent être expulsés sans autre forme de procès ? Comment imaginer que sept ans de travail soient anéantis ? J. représente une possibilité d’autres rapports entre les civilisations. J. emmène tous les jours son cartable à l’école pour qu’un  autre monde soit possible. J. n’est encore qu’une adolescente. Elle aime surfer sur Internet avec ses copines et les garçons ne lui sont pas indifférents. Que voudra-t-elle faire plus tard ? Comment imagine-t-elle sa vie dans plusieurs années quand elle aura déjà simplement le droit de rester en France en toute légalité, d’y faire sa vie, avec chaque année le risque d’un non-renouvellement de ce droit à vivre ici ? Comment se souviendra-t-elle de sa vie dans ses 15 mètres carrés ? Que pensera-t-elle de l’accueil qui lui aura été fait à elle ainsi qu’à ses parents ? En attendant J. apprend. J. sait bien où elle est, ce qu’elle a à faire. Quand on ressort de chez J. on a la sensation que le cœur bat plus vite parce que trop longtemps compressé dans la poitrine. On a l’impression de sortir d’un placard à ténèbres. Quand on ressort de chez J. on a l’impression d’avoir fait le tour de la Terre, le tour de l’Histoire, le tour de l’injustice et de la révolte nécessaire. Et on doit se replonger dans le métro. On doit se frayer un passage pour s’engouffrer dans la rame sous les yeux des clochards, allumés comme des braises et qui fulminent contre la connerie des hommes. Château rouge, je reprends le métro pour ailleurs dans les courants d’air et le bruit des essieux.

20.02.2008

Croissants chauds

Il fait un temps de rien. J’ai envie de rien foutre. – Au boulot ! debout ! Va participer à la croissance ! – La vache, je suis vachement soucieux de participer à la croissance de mon pays ! Je suis  un gars vachement patriote. J’suis carrément prêt à aller faire la guerre pour la croissance. Tiens, c’est marrant, l’idée s’est subrepticement logée dans mon crâne mou, j’ai dû l’entendre à la télé, j’sais pas. Quelqu’un a dû en douce manipuler mon cerveau. J’ai des idées de pièces rondes et de gros billets pour vacances aux Seychelles. Quentin est le nouveau vainqueur de la Star Academy… j’fais c’que j’peux, j’m’informe ! Je m’tiens au courant de l’actualité dans mon pays. Je suis quand même pas une bête. J’attends le premier disque de l’artiste pour découvrir son univers. Putain, je suis vraiment que dalle. On est que dalle face au vainqueur de la Star Academy. La croissance de la connerie est exponentielle, elle fluctue avec les cordons de la Bourse. – Debout pour la croissance de ton pays ! – T’as raison, j’suis vraiment un gros fainéant. J’ai de la gélatine à la place du cerveau. Je voudrais bien me payer une grosse Ferrari pour être enfin heureux, pour profiter du bonheur les doigts de pieds en éventail. Me payer toutes ces choses qu’on voit à la télé. M’acheter la belle vie, quoi ! Mais je vis dans le béton et dans la noirceur de la ville. Je suis un rat dans le piège du matérialisme. J’ai attrapé le virus de la consommation. J’ai des idées de routine, de bagnole tous les matins, de pompes à essence. J’ai des horaires creuses gravées dans le ciboulot, de cantine, de poses-restaurant. Faut que j’me paie ma télé, ma console, un nouveau lave-vaisselle, un nouveau portable, un nouveau sac à main, les prochains cadeaux de Noël. Les impôts, les factures. J’ai un plan retraite, des actions chez Bouygues. Je travaille 35 heures par semaine. Pendant les vacances, je vais traîner mon cul sur les serviettes de l’Atlantique avec bungalows sur la plage. Je paie le restaurant, l’hôtel. Dans ma vie, je ne vois jamais le soleil. Je vois les promesses de l’aube sur les affiches quand je suis en retard au boulot. Mais je fais partie du monde. De sa complexité, de sa beauté et de son horreur. Je vous tend la main sur le trottoir. Je vous adresse un regard désolé. – Pour vivre, messieurs. Je ne demande pas l’aumône, j’ai trois enfants. Dans les jardins de la ville, il y a des marmots qui jouent. Bateaux accrochés à une ficelle. Cerfs-volants. Eternité des spectacles. Aube. Il y a des ruelles sombres. Des avenues. La croissance est en marche. Chacun veut sa part de bonheur, son coin de serviette. C’est pourtant pas compliqué, la vie ! Le cravaté court à la croissance. Le vendeur de marrons aussi. La vendeuse de fringues aussi. Chacun a la conscience de son horizon mental et quotidien. Mais on ne vit pas pour soi. On ne vit pas de soi. Nous sommes dans la continuité de chaque être, nous sommes une partie de l’histoire. Des individus anonymes perdus dans l’immense foule journalière. Mais la nuit, tout s’en va. La nuit, les ombres prennent possession de notre histoire, de nos corps, de nos vies. La nuit, nos certitudes disparaissent. Il n’y a plus qu’une silhouette fuyante. Il n’y a plus qu’une lumière invisible. On a envie de rien foutre. De ne plus jamais se lever. De ne plus jamais entendre parler de la Star Academy, de la croissance et du patriotisme. On peut passer pour un fainéant ou un monstre. On peut aussi s’endormir avec le regard froid fixé sur un bout du néant de l’autre côté de la rue.

07.11.2007

Face à l'horreur

Quand j’étais petit, je n’imaginais pas que le monde était aussi cruel. Parce qu’autour de moi les obus de tank ne passaient pas, les maisons des voisins ne brûlaient pas. Alors, je ne sais pas trop ce que pensent les enfants au Darfour. Ils doivent penser qu’ils sont tombés en enfer, qu’ils se sont trompés de planète. Aujourd’hui j'écoute les récits des massacres, je regarde les morceaux de corps par terre. Je suis désarmé face à l’horreur sans nom, face aux tortures. Je suppose que c’est ici que s’arrête la littérature, tout comme elle s’est arrêtée à Auschwitz. Je suppose que les mots ne peuvent pas venir pour qualifier une telle ignominie. 2 millions de morts au Soudan depuis 17 ans, plus de 300 000 au Darfour… Mon clavier écrit à l’encre blanche. La révolte se cogne aux murs. Et que dire des dizaines de milliers de civils morts en Irak ? Ca s’arrête quand l’horreur ? Y a-t-il une fin aux atrocités ? Permettez-moi de dire qu’aujourd’hui je n’ai rien écrit, que je n’avais pas les mots qui de toute façon auraient été dérisoires.

31.10.2007

De l'essence à la famine

Je vous invite à découvrir l’entretien avec Jean Ziegler (rapporteur spécial des Nations-Unies pour le droit à l’alimentation) concernant les biocarburants, dans un article de Olivier Nouaillas, intitulé « Les biocarburants mènent à la famine », publié dans La Vie du 25 octobre.  

Les siècles à venir se retourneront sur notre époque et certainement ne seront pas tendres. Nous qui avons inventé les plus horribles tortures, qui avons perpétré les plus ignobles massacres et conduit les guerres depuis la nuit des temps, sommes menacés par de nouveaux dangers affectant les forêts, les océans, le climat de la Terre… Quels que soient les impacts à venir, ce seront encore une fois les plus pauvres, les plus fragiles, les femmes et les enfants qui subiront les conséquences de nos actes…  

C’est ce qui se dessine aujourd’hui. « Toutes les cinq secondes, un enfant de moins de dix ans meurt de faim et 854 millions d’êtres humains sont en état de malnutrition. Demain, avec les biocarburants, ce sera encore pire » déclare Jean Ziegler. En effet, « cette année le prix du blé a doublé dans le ­monde, au Mexique, le prix du maïs, un aliment de base pour la nourriture, a qua­druplé. » Ce qui n’est pas cultivé pour la nourriture mais pour faire rouler des bagnoles a une conséquence tragique : « Au Brésil, si vous faites le plein d’une voiture moyenne qui roule au bio­éthanol, les 50 litres que vous allez utiliser correspondent à 232 kilos de maïs, soit la nourriture de base d’un enfant zambien ou mexicain pour une année ! » Ainsi Fabrice Nicolino écrit-il dans « La faim, la bagnole, le blé et nous » : « De l’Indonésie au Brésil en passant par le Cameroun, ces nouvelles cultures de canne à sucre, de soja ou encore de maïs sont en train d’accélérer à la fois la déforestation et de faire exploser le prix des produits alimentaires de base. »  

Les enjeux dépassent de loin le cadre national du Grenelle de l’environnement. Dans un autre article de La Vie, intitulé L’éthanol fait tousser le Brésil, un accord entre Bush et la président brésilien Lula passé en mars 2007 est dénoncé comme « potentiellement désastreux » : « 26 millions d’hectares de terres vivrières [seront] sacrifiés à la canne à sucre au Brésil pour produire du biocarburant. » Afin de réduire la dépendance des Etats-Unis vis à vis des pays pétroliers, Bush entend exploiter les sols de la région pour faire rouler ses voitures, tout en ayant des visées sur d’autres pays latino-américains. "L'éthanol ne menace pas l'environnement" affirmait en mars le Président brésilien. L’article de La Vie donne une toute autre opinion. Entreprises dans une zone où la forêt est en grave danger, rongée jour après jour loin des yeux du monde, ces nouvelles cultures causent incendies et pollution supplémentaires, représentent un vecteur de pauvreté et une menace sur l’alimentation, alors que 2,7 milliards de personnes dans le monde vivent avec moins de deux dollars par jour.  

Voilà où nous en sommes. Ainsi se livre le grignotage continu des ressources naturelles. Un exemple parmi cent qui prépare pour nos enfants un monde dont nous ne mesurons pas encore assez les blessures. Quand il n’y aura plus de pétrole, nous pourrons toujours consumer les restes de la forêt amazonienne, quand il n’y aura plus assez de maïs et de canne à sucre, nous pourrons toujours nous dévorer entre nous, ou bien nous faire une nouvelle guerre pour inverser le taux de croissance de la population. La connerie humaine est visible. Personne ne peut fermer les yeux. D’une manière ou d’une autre, nous serons amenés à de multiples changements. Où va donc l’homme bon de Rousseau ? Ce qui m’inquiète au-delà de sa disparition, c’est bien celle des plus pauvres, des plus fragiles, des femmes et des enfants.  

*****    

L'Amazonie brûle et l'Amérique du Sud étouffe (Extraits d’un article de Daniel Howden et Jules Steven publié le 5 octobre 2007 dans The Independent ) :

« De vastes étendues du Brésil et du Paraguay, ainsi qu’une grande partie de la Bolivie, étouffent sous des couches épaisses de fumée tandis qu’un feu échappant à tout contrôle fait rage dans la forêt tropicale d’Amazonie, obligeant à l’annulation de vols.  

 Les images des satellites ont montré, hier, d'énormes nuages de fumée et une grande partie du bassin de l'Amazonie qui brûle, alors que des feux, allumés à l'origine par les éleveurs pour dégager des terrains, faisaient rage à l'intérieur même de la forêt.(…)   Roberto Smeraldi, à la tête des Amis de la Terre au Brésil, a déclaré que la situation échappait à tout contrôle : "Nous avons une forte concentration de feux, correspondant à 10.000 départs de feu sur une vaste étendue d'environ deux millions de km², dans le sud de l'Amazonie brésilienne et en Bolivie".(…)   M. Smeraldi a été très clair sur la responsabilité des incendies de cette année : "C'est essentiellement, je dirais à plus de 90%, le résultat de l'expansion de l'élevage de bovins".(…)   "Ces feux reflètent le côté suicidaire de l'homme", a déclaré Hylton Murray Philipson, de l'œuvre caritative basée à Londres, Rainforest Concern. (…)   Le Brésil et l'Indonésie n'apparaissent pas sur les indices industriels conventionnels des principaux pollueurs mondiaux, mais ces deux pays font partie des quatre plus gros émetteurs de CO2 lorsque l'on prend en compte la déforestation. »  

26.10.2007

A l'heure du crépuscule à Madagascar

"Pour le Père Pedro, l'aventure commence en 1989. De retour des rizières du Sud où il fut missionnaire une douzaine d'années, le prêtre découvre un jour, au-dessus de Tana, une multitude de miséreux pieds nus au milieu des rats. Enfants et adultes ne vivent pas seulement sur, mais "par" les ordures. Dormant parfois dans des tunnels creusés sous les immondices, ils sont des milliers, armés de crochets, à s'échiner du matin au soir pour récupérer les miettes d'une société de sous-consommation. La confrontation brutale avec ce "peuple de la décharge" agit sur Pedro comme une nouvelle révélation. Il va consacrer sa vie à sauver ces damnés." LE MONDE, 20.06.05.

Et pendant ce temps les supermarchés n’ont jamais été aussi pleins. Vu l’autre soir à la télé aux infos les enfants en haillons qui fouillent les décharges ; avant le compte rendu du rugby, la pub, la soirée disco. Ca pèse pas lourd. Et on est là à gueuler sur les retraites, sur le pouvoir d’achat. Oui, des pauvres il y en a ici aussi. Même avec un BTS en informatique on pointe au chômage. "Mais tout le système, fondé sur la sélection, vise à exclure, à tous les niveaux, afin de ne conserver que les "meilleurs" selon le goût du jour." Georges Rose dans Noir de lumière (Editions Henry). On ne se figure pas assez qu’une vie ne vaut rien face à la Bourse, aux marchés, aux multinationales. On peut construire des temples, des hôtels, des usines en plein désert, pourvu qu’il y ait de l’argent, des intérêts en jeu. Madagascar déborde de richesses et de ressources naturelles, mais elle n’a pas d’argent. Il s’agit de vivre avec quelques dollars par jour arrachés au prix d’un travail pénible. Les enfants manquent de moyens à l'école, de vêtements, de bicyclettes, de soins médicaux, de nourriture… On ne sait même plus ici la valeur de l’eau potable, de manger à sa faim, d’avoir des loisirs. Là-bas, un jean même usé est un trésor, un livre est un trésor, un objet utile peut changer toute une vie.

On se demande au nom de quoi les riches veulent toujours être encore plus riches et pourquoi les pauvres sont toujours laissés sur le carreau, loin des regards. On se demande ce qui justifie autant d’écarts, on peut regarder les rayons des supermarchés pour constater que rien ne tourne rond.

Nous poètes, quelle est la véritable valeur de notre discours ? Il est toujours plein d’enseignements de se demander quelle place on occupe dans le monde, ce qu’il est possible de faire soi-même à son niveau. Qu’y a-t-il donc d’important dans le fait d’écrire ? Est-ce qu’écrire ses sentiments, sa vie, raconter une expérience est si important ? Pour soi, oui certainement. Pour pouvoir échanger, discuter, partager aussi. Et pourquoi pas vouloir aussi peser sur ce monde à travers ce moyen qu’est l’écriture, se dire que cela en vaut bien un autre ? La poésie n’aurait d’intérêt que dans les échanges qu’elle suscite et cela suffirait à la justifier amplement. Tout cela est-il si éloigné de Madagascar ? La poésie ne prend-elle pas pour sujet le monde et donc aussi Madagascar ? Comment mesurer la valeur d’un discours ?  Que demandent d’autre nos poèmes sinon le fait d’être lus ? Et donc a qui appartient la parole ? N’appartient-elle pas aux riches, aux puissants, à celui qui de tout temps a possédé le feu ! N’avons-nous pas pour devoir d’être des « voleurs de feu » ?

Prière :

Seigneur, donne-moi ma ration quotidienne de bonbons Haribo. Sans eux je suis malheureux. Sans eux mon cœur éclate et mes boyaux se dispersent dans la rue. Mes neurones explosent. Mes yeux se transforment en glaçons. Seigneur, tranche-moi le cerveau à coups de hache ! Taillade-moi les poignets, je ne suis pas un simple consommateur, je suis condamné a être plus que moi-même. Je ne suis pas un simple locataire. Je n’ai pas la valeur de mon relevé de compte ! J’avoue avoir écrit quelques poèmes. J’avoue avoir gueuler bien fort pour affirmer mes idées. J’avoue avoir voulu rétamer la gueule à un copain pendant la récréation. Mais vois… j’ai la même peau usée, le crâne dégarni et le ventre rond. Je ne fais qu’habiter mon lopin de terre. Sans gloire, sans illusions. J’ai en moi toute la réalité de l’Holocauste. Je suis coupable et prêt à recevoir ton châtiment. Madagascar c’est loin, mais ça me concerne aussi un peu. J’ai les mêmes atomes, les mêmes gènes. L’océan est une goutte d’eau. Bientôt nos navires sombreront au fond de l’Atlantique, les forêts seront parties en fumée et le ciel pleurera des larmes de cendre. J’épouse l’horizon de Madagascar comme la finitude de ce que je peux offrir de mieux. Corps, Esprit, j’ai bien mérité ton châtiment. Je ne suis qu’un bout de la pauvreté à Madagascar.

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Vu à la télé hier soir le début de la Star Academy. J’ai pas fini de vous en reparler. 17 lobotomisés se sont enfermés dans un château. Ce n’est pas encore l’heure de la révolution.

16.10.2007

Ca casse pas des briques

Ca vire sec dans Popstars actuellement. Entre les faux pas, les oublis, les canards, le jury ne sait plus où donner de la tête. Dimanche, Madame de Fontenay est passée chez Drucker (attention, ses coups de gueule c’est quelque chose). Vue aussi, Nana Mouskouri avec les mêmes lunettes qu’avant, c’est dingue, je vieillis moi. Lundi, Roue de la fortune, je sais pas trop où ils vont chercher leurs candidats, mais bon, ils leur font pas passer des tests de QI… remarque, entre Victoria Silvstedt, le cabot et Dechavanne la concurrence est rude. Quoique Dechavanne ait tendance à se foutre de la gueule des candidats, et ça bravo, chapeau ! Alors, si vous en avez pas trop marre des jeux à la con, des séries débiles et des clips à la noix… y a pire ! Le mur ! Remake de la préhistoire, ce jeu présenté par Castaldi (cet autre énergumène du Secret Story entre autre) consiste à présenter un bonhomme face à un mur de cent personnes. Des murs, y en a eu beaucoup… le mur de Berlin, la grande muraille de Chine, le mur des Lamentations, le mur de l’Atlantique… On pourrait même dire que notre vie entière est entourée de murs. Mais quand un mur est constitué de cent personnes, ça ! En fait, le jeu consiste la plupart du temps à sauter sur sa chaise et à taper des poings sur le décor avec tout plein de néons qui clignotent, et à répondre à des questions débiles en claquant des dents et en ayant l’air le plus con possible. Alors, si y a une pierre du mur qu’est bancale, genre qui a pas le bon ADN, la lumière se met au rouge et le gars disparaît dans la pénombre de la préhistoire. Les participants doivent avoir cinq ans d’âge mental, mais on en demande pas plus pour passer à la télévision. Y a que Castaldi qui change pas de costume, les autres apportent leur reste de cerveau disponible. Bref. Aujourd’hui, à la télé toujours, la séance de l’Assemblée nationale est passée en direct sur trois chaînes à la fois, France 3, LCP et I télé. Un truc vachement sérieux qui intéresse tous les téléspectateurs. Il s’agit de laisser tomber sa console vidéo, son Renard sur France 2 ou son feuilleton sur M6 et de laisser son cerveau encore disponible attentif aux questions importantes de notre temps, amen. Ensuite, quand on nous a bien bourré le crâne, on re-disparaît, on replonge dans le quotidien morose et dans la vie sans but et sans avenir, terrible. Y a quand même une similitude entre Un contre 100  et l’Assemblée nationale, c’est que là aussi on s’agite sur son fauteuil et on tape des poings sur le pupitre ! C’est du sérieux, ça disserte dur sur l’économie, l’environnement, le nucléaire… Et quand la ministre Lagarde fait entendre sa voix, alors là, respect… j’ai pas compris un traître mot, mais c’est pas grave, elle a raison et je suis bien d’accord avec elle. Je me dis que mon cerveau disponible a bien assez travaillé pour aujourd’hui, je n’ai plus qu’à attendre un re-Dechavanne ou un re-Ardisson ou un re-Popstars. J’ai trouvé un sens à ma vie, je vais pouvoir me replonger dans ma console vidéo. Vive le monde moderne !

09.10.2007

God cries in America

Il se pourrait bien qu’un matin, on se réveille avec l’annonce d’une explosion atomique quelque part dans le monde. Ce ne serait plus un film, la vidéo passerait en boucle à la télévision. On aurait plus qu’à se dire : l’Humanité a encore engendré une nouvelle catastrophe... et on aurait plus qu’à se jeter dans le vide en criant : j’en ai plus rien à foutre ! Hier soir, Arte diffusait « Un taxi pour l’enfer », un reportage dénonçant les tortures perpétrées par des militaires américains sur de présumés terroristes. Aujourd’hui, j’étais plutôt fatigué  d’écouter les conversations où l’on essayait plus ou moins de m’impliquer. J’avais la tête ailleurs, pas trop envie de discuter de choses et d’autres. Je méditais plutôt sur ce que l’homme est capable de faire à son prochain. A voir ce Président américain, Bush, justifier les mauvais traitements et déclarer que les conventions de Genève concernant le traitement des prisonniers sont « vagues » j’ai donc plutôt eu envie de vomir. Le 11 septembre aurait justifié de retourner contre les « barbares » l’usage de la barbarie, position impossible à tenir, et pourtant beaucoup d’américains y croiraient ! Je me dis vraiment que le monde ne tourne pas rond et que se battre pour lui est décidément affaire d’utopistes, de pas grand chose en définitive. Que dire après le coup que constitue ce reportage ? Difficile ensuite de changer de chaîne, de tomber sur TF1 pour un de ses énièmes jeux ! Difficile de parler de poésie, de ses publications, de ses recueils. Difficile de croire que tous ces écrits aient une quelconque importance et de trouver une justification au fait même de l’écriture. La poésie est un combat, c’est tout ce qui peut encore à mes yeux la sauver de son apocalypse. Poètes, le Président Bush vous rit au nez ! Soyez bien conscients qu’il n’a rien à faire de votre écriture, comme il n’a que faire des journaux et des reportages qui l’accusent de façon justifiée. Le Président Bush lutte pour la démocratie et pour l’impérialisme de la liberté. Ne le faites pas rire avec vos poèmes, vous pourriez malencontreusement provoquer un jet involontaire de bombe atomique ! Croyez bien que l’Iran ne rigole pas avec la bombe atomique ! Croyez bien que nos revues sont que dalle face à l’impérialisme de la connerie humaine dont le Président Bush est un des plus fidèles représentants ! Croyez bien que je vomis face aux tortures des militaires, de la CIA et de Ben Laden ! Je ne me suis pas trompé de combat. J’écris encore contre la connerie, contre les cons et pour la démocratie. Je suis ami de la liberté et j’emmerde le Président Bush comme j’emmerde Ben Laden. J’emmerde les croisades, je ne suis pas en croisade. Les chiens me font vomir. La nudité me fait vomir. Tout comme les privations de sommeil et les décharges électriques. Je suis humain. Je ne suis pas Bush ni Ben Laden. Je suis humain. Face à la connerie humaine, je ne me tranche pas la gorge volontairement. J’accuse. J’écris. Je dégueule. Il se peut qu’un matin, on se réveille avec l’annonce d’une explosion atomique quelque part dans le monde. A part ça, en ce moment c’est le Grenelle de l’environnement. Et y a Un contre cent sur la Une à dix huit heures avec Castaldi à la télévision.

30.08.2007

Secret connerie

Vendredi 31 août, ne ratez surtout pas la finale de Secret Story sur TF1. L’émission la plus controversée du PAF va finir dans un beau feu d’artifice. Je ne suis pas en train de parler de science-fiction, ces martiens-là sont bien réels pour notre plus grand désarroi. Vu l’autre jour à la télé, des grenouilles avec des cheveux (y a qu’à la télé qu’on voit ça) pataugeant dans une mare d’acide sulfurique, dégueulant leurs viscères après l’attaque de la vachette… je me suis dit : dans quel monde sommes-nous, ils ne passent plus que des conneries à la télévision ! Quand même, je suis accro, je peux pas dire le contraire… les séries américaines avec de la cervelle éparpillée un peu partout et des flics avec des chaussures de ski qui dressent des contraventions à ceux qui pètent et empestent les rues… les jeux bien français à la Dechavanne avec des chiens crasseux qui se promènent sur le plateau et Victoria Silvstedt qui se gratte les nichons en épelant « Voyelles : A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu » comme une muse de chez Givenchy… les feuilletons (avec des histoires assez simples tout compte fait : je t’aime, moi aussi… pourquoi tu m’as quitté, je t’aimais d’un amour sans pareil, nous étions pourtant heureux d’être ensemble tous les deux)… les émissions People du genre « Pourquoi les hamsters ne mangent-ils pas les grenouilles et vice versa » avec Carlos et Lepers en train de manger de la barbe à papa… mais je m’égare… la télévision n’est pas un repaire de demeurés, loin de là. D’accord, il faut chercher beaucoup, jouer de la zapette pour tomber sur les bonnes émissions. Y en a, faut pas exagérer, beaucoup. Je pourrais en citer plein. Y en a. Et c’est pas moi qui vais aller cracher dessus. Et si je suis parti dans une longue diatribe, c’est que je me souviens des moments de l’adolescence où j’ai compris qu’on nous prenait pour des cons. Qu’on nous faisait bouffer de la pub du matin au soir. A l’hôpital psychiatrique on regardait Derrick et les chiffres et les lettres parce qu’il n’y avait rien d’autre, pas par choix. Alors, on avait pas de remords à griller nos cigarettes et à en crever. C’est la vie, quand on ne te montre que de la vulgarité et de la médiocrité, tu préfères autant crever que de découvrir toi-même que ce que tu recherches, tu ne l’obtiendras jamais. Alors, vive la bêtise généralisée, les émissions de Foucault, de Pernaut et de Bern, parce que la bêtise est photogénique, télévisuelle. En effet, faut pas imaginer qu’avec tout ce qu’on nous vend on chercherait par derrière, subrepticement, vicieusement à nous en dégoûter ! C’est carrément le système qui s’effondre ! Vous n’imaginez pas la catastrophe, la fenêtre du monde qui se mettrait à réfléchir, des idées dangereuses qui se mettraient à germer, des gueulantes en direct, de l'Art,  de la poésie !!! arghhhh… t’es pas fou non… espèce d’anarchiste, terroriste, fainéant ! Nom d’une pipe en bois, vous imaginez des gens (des homo erectus)  qui se mettraient à émettre une opinion ? Z’imaginez pas le bazar ! Non, rassurez-vous, ce n’est que de la science-fiction. Nous n’appartenons à aucune idéologie, à aucun système, nous ne sommes pas des robots. Va expliquer ça au mec qui transpire dans sa banlieue, au mec qui dératise les caniveaux la nuit. Et ce gars à seize ans avec son CAP en poche qui se dresse au garde-à-vous face au patron… c’est ça la vie, mon pote, arrête de réfléchir et de te mettre des idées dans la tête, fous-y plutôt du plomb, le plomb c’est coté en bourse, ça fume pas du hachisch à la télévision. Voilà, chères âmes, où il fallait en venir en consultant ce programme. On se retrouve après la séance de pubs. Et ne ratez pas le grand tirage au sort de vendredi qui désignera le vainqueur de la première et fameuse Secret connerie.

23.08.2007

Anatomie d'une expulsion

De nombreux termes dans la langue française permettent d’exprimer une idée similaire : la damnation, la malédiction, l’exclusion, la condamnation, l’expulsion… Notre imaginaire religieux et historique est riche de ces exemples, de ces jugements, de ces drames. La damnation serait le prix à payer pour un péché quelconque attribué à un comportement, à un individu ou à une nation. La condamnation est ce qui préoccupe la justice. N’est-elle pas ce qui pèse déjà sur les épaules usées des hommes ? Quant à l’expulsion, il en est une fort célèbre à l’origine de l’humanité : celle du Paradis. 

Ainsi lit-on dans la Genèse : « Puis Yahvé Dieu dit : “Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous, pour connaître le bien et le mal ! Qu’il n’étende pas la main, ne cueille aussi de l’arbre de vie, n’en mange et ne vive pour toujours !” Et Yahvé Dieu le renvoya du jardin d’Eden pour cultiver le sol d’où il avait été tiré. Il bannit l’homme et il posta devant le jardin d’Eden les chérubins et la flamme du glaive fulgurant pour garder le chemin de l’arbre de vie. »(Genèse, III, 22,24).

N’avons-nous pas fini de payer le prix de nos fautes ? La naissance elle-même n’est-elle pas une expulsion fameuse de l’Eden intra-utérin ? Jésus n’a-t-il pas été envoyé sur Terre afin de répandre une parole divine qui commençait par son propre sacrifice ? « Comme ils étaient là, le jour où elle devait accoucher arriva. Elle mit au monde son fils premier-né. » (Luc, 2, 6-15) L’homme expulsé violemment des flancs maternels, se frayant un passage parmi la chair sanglante, rendu à la vérité du monde et à celle de ses péchés ! 

Et cette Vierge Marie pourtant, célébrée chaque 15 août, elle qui donne et reçoit la vie, admise  au côté de la pureté divine, dont le 2ème concile du Vatican disait : « Enfin la Vierge immaculée, préservée par Dieu de toute atteinte de la faute originelle, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire du ciel, et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l'univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des seigneurs, victorieux du péché et de la mort. »

L’eau, l’élément originel à la source de la création et de la vie, peut aussi la reprendre. Il est étrange que ce 15 août fût marqué aussi de déchaînements climatiques à répétitions. Alors que les touristes sont expulsés des plages, nombre de catastrophes naturelles ponctuent l’actualité, tremblements de terre, cyclones et inondations. Les hommes sont expulsés par millions de leurs abris de fortune, comme sous la condamnation de la force du déluge. L’homme pécheur est à nouveau expulsé de ses terres. Il est écrit dans le Coran que Noé dit à son fils qui voulait se réfugier sur un mont : « Il n'y a aujourd'hui aucun protecteur contre l'ordre d'Allah. (Tous périront) sauf celui à qui Il fait miséricorde ». On pourrait penser à une autre catastrophe décrite, celle de l’Apocalypse, on peut se dire aussi que chaque époque l’a déjà annoncée et que les bouleversements climatiques ne sont dus qu’à l’ignorance et à la bêtise des hommes.

Ainsi, ce 15 août fut marqué par des inondations importantes, au Bangladesh, en Afrique de l’est, en Corée du nord, et ailleurs :

« Les inondations qui frappent le Bangladesh ont fait une quarantaine de morts supplémentaires dans la nuit de mardi à mercredi, portant à un demi-millier le nombre des décès enregistrés dans le pays depuis le début de la catastrophe. Le niveau des eaux a baissé, mais des millions de personnes restent sans abri et sont exposées aux maladies, essentiellement liées à la consommation d'eau non potable. » Express.fr, le 15 août.

« Des pluies diluviennes continuaient de s'abattre samedi en Afrique de l'Est alors que des inondations ont déjà forcé des centaines de milliers de personnes à se déplacer, augmentant les craintes d'une pénurie de vivres et d'une propagation des maladies dans la région. "De nombreuses personnes ont cherché refuge dans des églises (...) tandis que d'autres ont quitté les zones touchées pour aller rejoindre des membres de leurs familles. » AFP, le 18 août.

« Selon les calculs des équipes de la FICR, au moins 14.000 maisons ont été détruites dans deux des six provinces inondées : Hamgyong Sud, sur la côte est, et Kangwon, près de la frontière sud-coréenne. Un peu plus tôt, un responsable du Programme alimentaire mondial (PAM) de l’ONU avait estimé à 300.000 le nombre de personnes potentiellement affectées par les intempéries. » Le soir en ligne,15 août.

D’autres expulsions tragiques ont marqué notre temps, intolérables car portant atteinte à la dignité même de l’homme. La plupart du temps, il s’agissait de massacres portant sur Terre le feu de l’Enfer. Ce feu que l’homme a volé à la nuit, dont il a fait un instrument de torture et d’abomination. Le feu, autre élément d’apocalypse que l’homme s’est approprié, lui qui a expulsé Dieu de sa raison ! Ce même feu qui brûlait les livres sous le nazisme, les sorcières sous l’inquisition et les juifs à Auschwitz et à Sobibor ! Qu'y a-t-il de pire que cette damnation de l’humain, que cet enfer que l’homme entretient ici et qui déchire l’Histoire ? Peut-être le temps est-il venu de payer  pour nos fautes, celles qui justifieraient notre propre damnation. 

« Les déportations commencent. Une première vague d'arrestations a lieu entre le 22 juillet et le 12 septembre 1942 : 300.000 Juifs sont arrêtés et conduits au camp de Treblinka où ils sont exterminés. 5000 à 6000 personnes chaque jour sont ainsi emmenées vers la Umschlagplatz d'où elles sont déportées par trains vers le lieu de leur extermination! Il ne reste plus ensuite qu'environ 70.000 Juifs dans le ghetto dont la surface est rétrécie. »

« Le 19 avril 1943, les nazis décident de déporter les derniers Juifs et pénètrent en force dans le ghetto encerclé : 16 officiers et 850 soldats participent à l'action. La résistance est pourtant très importante. » Source.

Soyons donc attentifs à l’Histoire. Aucune société n'est à l'abri de ses répétitions. L’Histoire a montré les tourments de l’enfer, elle peut nous faire craindre une damnation pour notre incapacité à vivre ensemble, avec l’Autre. L’homme fait face à des catastrophes écologiques inquiétantes, aux guerres qui se répètent, à la misère sociale. Il serait temps de faire renaître ce qui a été expulsé avec tant de violence : la parole.

Il faut croire que ce sont les riches, les puissants, ceux qui ont quelque chose à perdre qui ont le pouvoir de la parole. Ceux qui sont capables d’exclusion , de mainmise sur l’économique, le politique. Il semble que quelque soit le verbe, il s’agit toujours de rejet, de refus, de renvoi. Nous expulsons une misère parce que nous ne trouvons pas les moyens de la combattre, nous accusons de tous les maux ceux qui ne nous ressemblent pas. Et cette petite minorité, ces marchands du temple que Dieu n’a pas encore expulsés,  font leur pain sur le dos de la misère humaine depuis que l’homme a inventé l’argent !

Regardons autour de nous, à Cachan,  en août 2006 : « Le jeudi 17 août, les forces de police ont procédé à l’expulsion, dans des conditions qui s’apparentent à une rafle, de près d’un millier d’habitants qui occupaient depuis plusieurs années un bâtiment de la cité universitaire de Cachan dans le Val de Marne. » Sud éducation.org.

Et regardons aujourd’hui : « Après l'accident d'Ivan jeudi à Amiens, le Réseau éducation sans frontières fustige dimanche le renvoi dans leur pays d'un Mongol et d'un Ukrainien ce week-end. » Libération, le 12 août. « C’est un enfant, il a douze ans, il est entre la vie et la mort à Amiens. Il aurait pu être Chinois, être plus âgé, et le drame aurait pu avoir lieu à Dôle, Lyon, Lille ou n’importe où en France. Ce n’est pas un accident. C’est l’effet direct et inéluctable de la politique imposée aux préfectures et aux policiers par le gouvernement. Les services sont soumis à des quotas en matière d’interpellation. » (125 000 exigés par le ministre en 2007) et d’expulsions (25 000). RESF, communiqué du 9 août 2007.

Regardons les enfants qui ont peur à l’école, les parents qui ne quittent plus leurs 10 mètres carrés de peur d’être contrôlés par la police. Les rafles à l’abri de tous les regards, les quotas, les arrestations arbitraires. Peut-on supporter ces conditions sans avoir expulsé de soi-même une certaine humanité ? Ceux que nous expulsons des immeubles, ceux que nous expulsons de nos entreprises, ceux que l’on refoule parce que différents, ne sont-ils pas eux aussi désireux de paix et de prospérité ?

Au final, ce fossé entre les hommes, les cultures, les nations, est palpable ici et ailleurs. La majorité des hommes est exclue du progrès, ne vit que des restes et de presque rien, subissant les assauts du climat, vivant dans une violence permanente, sans la possibilité de se faire entendre.

Chez nous, les artistes n’ont plus la parole. Il devient de plus en plus difficile d’émettre une idée, une opinion. Les grands médias bâillonnent l’expression. On expulse, on efface, on dissimule. Ecrire, créer est un acte de résistance qu’il faut assumer sous peine de silence. C’est ainsi que de nombreuses voix s'élèvent avec l’espoir de se faire entendre.  

Ces deux thèmes : l’exclusion, l’expulsion sont en ce moment, je le suppose, chers à Lili-Oto, un artiste bordelais, et pourraient lui inspirer quelques créations. Les artistes qui se sont eux-mêmes exclus d’une certaine facilité, d’une relation privilégiée à l’argent, eux qui souhaitent autre chose que l’éternel combat, la sacro-sainte compétition, ont à charge de nous proposer une autre vie. Partout où un peintre dresse sa toile, où un artiste installe son oeuvre, il y a interrogation, comme pour dire : le miroir qu’est la création ne fait pas qu’expulser votre image, il la sanctifie, la sacralise, la dresse au rang d’énigme. L’artiste vous questionne : dans quelle mesure êtes-vous prêts à raccorder en vous les fils de la lumière avant que l’ombre ne l’engloutisse dans un abîme noir et sans fond ?

Pour signer la pétition de Lili-Oto : cliquez ici et là : APEA

15.08.2007

Le nid du coucou

Plus de 1500 personnes sont attendues aux limites de l’aéroport d’Heathrow, à Londres, pour manifester contre la construction d’un cinquième terminal d’ici à 2008. Le transport aérien est accusé de participer au réchauffement climatique, au même titre que la circulation automobile. Cet aéroport, un des plus fréquentés au monde, verra passer ses 1,5 million de passagers cette semaine. Je me demande pourquoi les gens ne restent pas chez eux à regarder la télévision, inspecteur Derrick ou Columbo… Désormais le bout du monde est à une station de métro de n’importe où, pourquoi se priver d’un voyage, pourrait-on me rétorquer ? Encore une fois, je m’incline devant le bon sens imparable du globe-trotter muni de son attaché-case cuir croco, de son pardessus noir, de son chapeau melon et qui va répandre la bonne parole des bénéfices à accumuler, du capital et de l’esclavagisme moderne… Vive le travail ! Vive le bateau, la voiture, la mobylette ! Vive le moteur à injection qui vrombit au pied des immeubles ! La marmite à grand-mère, le cassoulet grillé, la choucroute ! Vive le supermarché à deux pas de chez moi ! Faut pas cracher dans la soupe. Il faudrait être dérangé pour cracher dans la soupe. Vive la connerie universelle et la pâte à mâcher ! Ok, j’arrête là la digression et les conneries, je redeviens raisonnable cinq minutes. Dépêchons-nous. De toutes façons, je ne suis pas à la mode, je ne repasse jamais mon linge (c’est du vécu, c’est authentique) et je pue de la gueule. J’ai carrément raté ma vie professionnelle, j’en ai même plus rien à foutre de ma vie tout court… Je n’ai pas de conversation. En communauté, j’ai plutôt envie d’envoyer des pains dans la gueule… on a un peu raison de m’enfermer là, non ? J’essaie de me tenir à carreau, j’ai encore envie de bouffer. Bâillonnez-moi avec du bon chatterton, s’il vous plaît, avant que je dise encore une connerie ! Pitié pour l’intelligence et le bon sens, je suis à la masse, j’hallucine d’hébétude, je divague comme un rat dans le caniveau. L’estime de soi, bordel ! Nœud de cravate, bien rasé, chaussures cirées, place dans l’avion vers destination inconnue aux Bahamas ou à Tombouctou. L’homme d’affaires universel, la vie est une usine, je suis heureux ici à péter dans l’eau. On m’a dit : « Il faut se battre, fermer sa gueule pour avoir un boulot, le boulot ça pousse pas dans les arbres, c’est vachement dur à trouver, il faut savoir écraser son prochain dans l’œuf, amen ! » Moi j’ai bien appris la prière et je me la suis tatouée sur la peau des fesses, comme ça je suis toujours assis dessus. Ils m’ont bien traumatisé à l’école, la vache ! Ils m’ont dit que les avions ça poussait pas tout seul, que la choucroute était meilleure garnie et que la vie consistait à repasser son linge trois fois par semaine pendant soixante ans. J’ai tout appris par cœur et j’ai tout dégueulé dans le caniveau alors que j’allais à une manifestation contre la construction d’un nouveau terminal d’ici à 2008 à Trifouilli les oies.

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