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27.09.2007

Comme en Poésie n°31

2aa8027320caed05749e350a3d93bab8.jpgL’illustration de couverture de Comme en poésie n°31 montre une porte donnant vue sur un port. On peut résumer la poésie ainsi : une accession vers un ailleurs, une pénétration dans un espace. Jean-Pierre Lesieur, qui prévoit une enquête sur le poète au 21ème siècle, prend la situation de la poésie avec humour et grincements de dents, évoquant le Sarkozysme aigu actuel, la question de l’utilité de l’écriture, la crise d’audience de la poésie, la mode éphémère du Slam et les histoires rocambolesques. Comme en poésie, c’est cette parole franche, libre, passionnée que l’on retrouve à chaque numéro, où poètes connus et débutants se côtoient aisément, comme ici Luce Guilbaud, Danielle Lambert, Fabrice Marzuolo, Alain Kewes, Gérard Lemaire, Jacques Taurand, Olivier Aulry, pour n’en citer que quelques-uns. Entre autres découvertes, celle de Anne Blayo à l’écriture juste et touchante (« A bicyclette vers la mer. La voir avant de partir. Humer son énergie. L’aube n’est pas encore. Je longe le golf, traverse la ville, grimpe la dune et toujours alors, elle irradie ourlée d’écume. Soudain, là, un abîme noir comme ma pupille en mydriase, de l’encre au fond. Ni horizon. Ni ciel. Ni mer. L’obscurité étale. Le sentiment d’être trahie. Repartir avec cette prédiction. ») A lire absolument, Comme en société, très juste réflexion de Mona Chollet qui démontre que le terme de poète, ce grand mot, ne désigne que l’activité de quelqu’un qui par ailleurs peut exercer n’importe quel métier. La plupart des auteurs n’ont de statut social que d’après leur second métier. Ce besoin d’exister différemment entre souvent en conflit (voir Kafka) avec ce statut (« Une aspiration humaine essentielle, mais compromise, dans tous les secteurs d’activité, par l’automatisation et la standardisation. ») Ce « besoin qui existe chez tout le monde, mais qui ne trouve pas toujours à s’exprimer » détermine aussi la question du bonheur. Je pense que chacun pourra trouver son propre sens à ces mots. A méditer, la « pasticherie » de Claude Albarède, ou comment citer des dizaines de poètes contemporains de Guillaume Apollinaire mentionnés par lui dans le Mercure de France entre 1900 et 1910 comme faisant partie de l’avant-scène, aujourd’hui disparus dans les ténèbres de l’oubli. Eh oui… non seulement nous retournerons à la poussière mais la postérité oubliera notre nom… à moins qu’un autre Albarède n’ait l’idée d’en citer dans sa Ballade des poètes du temps jadis… dans un siècle ! Qui a dit que nous n’étions pas grand chose ? Je ne saurais trop vous conseiller l’abonnement à Comme en poésie : 1 an, 4 numéros – 12 euros. Etranger – 15 euros. Le numéro – 3 euros. Ecrire à Jean-Pierre Lesieur – 2149 avenue du Tour du lac, 40150 Hossegor. Comme sur Internet : http://comme.en.poesie.over-blog.com/

22.09.2007

Parmi les revues

Pour reprendre un travail de présentation de revues dans le blog Mot à Maux, en voici quelques-unes reçues récemment. Petites ou grandes, peu importe, il s’agit bien de faire circuler la poésie. D’ailleurs, où en est-elle la poésie ? C’est un peu la question que chacun se pose. Si on en juge par le nombre de revues, elle paraît plutôt bien se porter. Si on regarde un peu ailleurs, vers son audience, elle nous apparaît bien isolée. Quoi qu’il en soit, il y a quand même quelques mordus qui ne lâchent pas le morceau ! Il n’est qu’à voir le nombre de poètes, on se dit que la poésie doit pouvoir se sortir du mauvais pas. Le travail est bien entamé ; je pense que sans ces rencontres particulières en salons, en marchés de toutes sortes, la poésie serait encore un peu plus orpheline. De même pour les revues, dont certaines disparaissent et d’autres sont créées, qui entretiennent une unité de l’activité poétique de chacun, des nations et des genres. Certaines sont très modestes, d’autres semblent plus ancrées dans le paysage, tout cela contribue au même tissu social. Où en est la poésie ? N’est-elle pas constamment prête à surgir de l’ombre, en actions souterraines, désespérée, au bord de la crise de nerf, un peu comme chacun finalement ? C’est qu’entre réalité et utopie, il y a tout un monde. Nous ne faisons pas le poids face à la machine économique. Autant se frapper la tête contre les murs, ils ne bougeront pas. Pas de fatalité pourtant, les rêves font partie de notre univers. Nous savons les faire briller. Leur rendre leur signification première. Et qui a dit que le combat était désespéré ?

2112df0c2fad0af53d0e1c1a16c37927.jpgLibelle (n°182) : mensuel de poésie : J’ai rencontré Michel Prades lors d’un marché, assis à sa table près d’une fontaine. L’image du poète humble au milieu de cet univers urbain dont les griffes sont d’acier. On se dit que cinq-six pages ce n’est pas grand chose, mais cela contraste fortement avec ces magazines papier glacé. L’esthétique est autre, les buts forcément divergents. Pourtant je préfère mille fois ces quelques pages. Beaucoup d’auteurs au sommaire : Matthieu Gosztola, Lorand Gaspar, Constantin Frosin, Dan Leuteneger… plus quelques chroniques. 116, rue Pelleport – 75020 Paris (12n°/an) 25 euros. http://michelprades.estsurle.net/

Virgule (n°5) : Une expérience d’édition encore plus radicale, emmenée par le très créatif Rodolphe Olcèse et ses compagnons de L’envers du geste. On peut consulter la revue sous format pdf, mais autant la commander à Christophe. Seule revue que je connaisse dont la couverture est toute blanche (blanc cassé). La mise en page est remarquable, agrémentée de photos noir et blanc. Les poèmes y parlent de la vie moderne, urbaine. Au sommaire : Yann Goupil, Sébastien Tavel, Orlan Roy, Antoine Parouty, Marc Barbé, Damien Marguet, Rodolphe Olcèse. Pour commander, écrire à Rodolphe, via son blog : http://rodolpheo.hautetfort.com/

89276b66c489d6eed42f5e70f9cd644f.jpg Triages (n°19) : « Revue littéraire et artistique » annuelle des éditions Tarabuste. En première partie de ce dix-neuvième numéro, « Des écritures qui font signe » poèmes de onze auteurs, dont Sabine Bruneteau qui s’interroge sur la « perception d’une modèle ». De très bons textes de Sabine déjà publiée dans Mot à Maux, Verso et Friches. Puis « Je ne sais pas… » de Bernard Vargaftig et un entretien entre Alexis Pelletier et Dominique Lemaître, accord entre musique et poésie. Un second entretien avec Louise Barbu, entre poésie et peinture. Jacques Lèbre nous livre son expérience de guichetier. La rubrique cuisine nous rappelle quant à elle que la poésie est aussi un art culinaire, celui d’agencer les mots afin de produire une sensation ou une réflexion. On pense ici au surréalisme qui utilisait aussi ce procédé d’insertion dans la production de ses œuvres. Claude Held livre enfin une très belle réflexion sur la poésie qui commence ainsi : « La poésie occupe une place paradoxale dans la vie littéraire française. Elle est la belle putain de la langue, inaccessible, lointaine, hautement désirable, chantée, adulée par ce qu’il est convenu d’appeler des « élites » et tout à la fois ignorée, marginalisée par les médias et l’édition institutionnelle, par un monde fondé sur le marketing, le rentable à court terme, le scoop de l’immédiat. » La revue Triages s’ouvre à tous les visages de la poésie tout en menant une réflexion sur celle-ci et ses rapports avec le monde. Un travail important à découvrir chaque année. Ecrire à Djamel Meskache, Rue du Fort – 36170 Saint-Benoît-du-Sault. Le numéro : 23 euros. 

J’ajouterai régulièrement quelques revues dans cette rubrique. Du moins celles que je peux recevoir.

15.09.2007

Beds are Burning


 
Le monde est ainsi. Chacun paie cher son morceau de terrain. C’est quand le terrain brûle que ça devient délicat. Il n’y a pas à chercher midi à quatorze heures, ni des mots qui ne soient pas dans le dictionnaire, derrière nos appartements aseptisés, il n’y a pas à chercher loin pour trouver du malheur. On pourrait décider de s’en occuper une bonne fois pour toutes, prendre une tuile pour une tuile sans y ajouter de maquillage, en faire un sujet de combat, non… il faut croire que cela n’intéresse pas nos calendriers d’entreprises et que nos carnets de commandes sont trop remplis pour accueillir d’autres marchés. Quel lien y a-t-il entre un poème et une cotation en bourse ? Ground Zero… tu reconstruis à l’identique, à l’équivalent, ou bien tu changes de direction, c’est bien cela, nous avons pris la direction du mur avec le secret espoir masochiste de rentrer dedans. Il faut dire qu’avec nos bolides nous devrions y parvenir sans trop de mal. C’est question d’un peu de temps. Ne pas s‘inquiéter, chacun ressentira bien la secousse. On en ratera pas une miette, ça passera en direct à la télévision. Les nouvelles sont claires, le changement climatique est un mirage inventé par les services secrets ex-soviétiques pour accabler la politique américaine en matière d’énergie. Il n’y a par ailleurs aucun inconvénient à brûler les forêts pour en faire du pâturage à vaches, puisque cela ne fait qu’alimenter notre production d’hamburgers. Nous sommes activement priés d’épuiser les ressources de la planète pour l’intérêt de l’humanité toute entière… elle disparaîtra, bon débarras, disait ce titre d’un livre ! Alors, oui, j’attends les colères de la Terre, sa révolte, son sursaut salvateur. J’attends la grande asphyxie universelle et la montée vers les ténèbres. Souriez, peuples de l’Occident, nos marées noires ne sont que des feux de paille par rapport à la grande lessive qui se prépare. Faites des enfants, nourrissez-les au ronron et au super sans plomb, injectez leur une bonne bouffée d’essence dans les poumons, n’avez-vous pas compris que la vie est belle, qu’il faut lacérer les océans à grands coups de brise-glaces, que ça saigne un peu ! Y en a marre du ciel bleu, des cocotiers et des oiseaux qui font leur vacarme assourdissant de fausse musique. Vive la société qui braille ses chansons à la télévision, la pub qui nous vend du n’importe quoi et le pouvoir d’achat ! J’achète l’Amazonie, j’achète le Groenland, je prends des options sur la lune pour y envoyer nos déchets, je subventionne et je démultiplie la guerre pour la survie de notre civilisation, j’entreprends déjà d’atomiser l’Afrique noire pour y construire un nouveau Disneyland. Il faut bien se marrer un peu quoi… la Star Academy c’est chiant, il faut bien investir dans d’autres conneries, trouver pire. Avec toutes ces idées loufoques mais néanmoins révolutionnaires, nous ne devrions pas en avoir pour trop longtemps à rejoindre le Paradis en première classe et s’éjecter vers un monde meilleur. Dans toute entreprise digne de ce nom, il y a des dommages collatéraux…  tant pis si ça crame par ailleurs. Un problème ? quel problème ? Je vais donc me rentrer ma poésie dans le corps et pour changer le monde évoquer d’autres moyens : la Bourse, le capital et l’entreprise individuelle au service du commerce international et de l’anéantissement social universel. Avec ça, on devrait bien arriver à se foutre sur la gueule tous ensemble un jour ou l’autre. Le monde est beau vu d’ici. Pourvu que ça dure.

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09.09.2007

La condition humaine, René Magritte

ae02aaea564d936361366b5914829a2c.jpgJe me souviens d’un cours de Philosophie en Terminale où il avait fallu réfléchir sur ce tableau de Magritte* : La condition humaine. Je me souviens de maux de tête effroyables et des ténèbres qu’il fallait traverser. L’autre rive, celle du rêve, de l’émerveillement, de la clarté divine, ne se laissait entrevoir qu’au prix d’un long parcours chaotique. Et puis, tout de même, nous effectuions la traversée. Que fallait-il dire de cohérent, alors que toutes les interprétations me paraissaient fondamentalement impossibles ? Comment faire preuve de logique et de raisonnement à propos d’un monde dont la clef nous est peut-être définitivement interdite ? Un tel démontre l’existence de Dieu, un autre dit l’absurdité du monde. Nous fournissons de multiples interprétations. Certains en appellent au doute radical, d’autres à la lutte armée. Et les certitudes font des millions de morts, au nom de l’idéologie, d’une certaine interprétation du bien et du mal. Les artistes intègrent tous ces principes dans leurs toiles. Les idéologues le font dans leurs livres ou leurs programmes. Le poète met cette même théorie au service d’une quête insatiable de vérités supérieures. Cette vérité devient son obsession, sa recherche exclusive, son monde. Et tous cherchent les réponses. Parce qu’on ne peut se contenter de vivre comme un animal, puisque nous avons la faculté de la psyché, du cogito. Et ça cogite, ça s’active dans les neurones. Chacun essaie de décrire le monde, tel qu’il est ou tel qu’il pourrait être. On sent bien que toutes les théories sont plus ou moins rassurantes, alors que la réalité, elle, est bien tragique et ténébreuse. Le boulet au sein du tableau de Magritte rappelle le boulet dans Melencolia I de Dürer (1514), cet objet de géométrie dit l’étude du monde et son mystère, il rappelle que la mélancolie est un sentiment inhérent à la création. Magritte nous dit que toute peinture, toute œuvre d’art, tout poème ne peut être qu’une interprétation. Même si celle-ci semble se confondre en tout point avec la réalité, il existera toujours ce fossé, cet abîme entre la chose et sa représentation. La peinture dit, décrit, renvoie une image mais cette image ne pourra s’empêcher d’être autre chose, de signifier autre chose pour l’esprit de celui qui la regarde. Le monde pourra peut-être être révélé dans sa réalité, il appartiendra toutefois à une autre réalité plus irrationnelle, plus inquiétante, plus mystérieuse. C’est ici que se tient l’artiste, c’est ici qu’il est envahi par la mélancolie et que lui vient l’énergie de créer, ou bien de se détruire. On a voulu dire un monde, trouver du sens à l’absurde, atteindre quelques lumières en signe de réponses, on est obliger de faire avec ces ténèbres qui nous entourent et dans lesquelles nous sommes nés. Quelle autre interprétation du monde Magritte pouvait-il nous donner que cette réponse en forme d’énigme, en forme de question à l’origine de l’émerveillement, de la philosophie et de la création ? Aujourd’hui, mes maux de tête n’ont pas disparu. Les questions se sont ajoutées aux questions. Le sentiment de l’énigme à l’énigme. Je cherche un moyen d’enrailler la mélancolie de Dürer et de Magritte. Je rêve chaque nuit que je retourne en Terminale.

*René Magritte, peintre, 1898-1967

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04.09.2007

Program files deleted

Avant la création de l’Univers, il n’y avait rien. N’ importe quel élève faisant sa rentrée en primaire sait cela. Tout le monde sait que cet univers est né du Big Bang il y a 15 milliards d’années. Chacun sait aussi que la durée légale du travail en France est de 35 heures, mais que comme il y a des fainéants il va falloir travailler plus désormais afin de gagner plus en vue de faire fonctionner l’économie et d’augmenter le pouvoir d’achat… Toutes ces choses font partie du domaine des Sciences exactes et on ne tergiverse pas avec l’exactitude ni avec la ponctualité et les horaires. Sauf qu’il y a comme des éructations de matière parfois dans ce vide. Autrement dit, Dieu pète. C’est prouvé que le Paradis est né du pet de Dieu un jour de choucroute. Jusqu’ici les astronomes n’avaient pas observé un si grand vide que celui qui vient juste d’être découvert : sur une distance de près d’un milliard d’années-lumière, pas de galaxie, pas d’étoiles, aucune matière, ni même de matière noire. Vous allez me dire : qu’est-ce qu’on peut en avoir à foutre ? C’est que les astronomes sont perplexes. Et moi aussi d’ailleurs. Il y aurait donc des rayons vides dans les supermarchés ! Il y aurait donc des trous de mémoire dans le cerveau de notre Président ? C’est qu’il faut pas rigoler avec le vide… Il vaut mieux ingurgiter tous les volumes de l’Encyclopedia Universalis plutôt que de tomber dans un trou de souris à l’autre bout de l’Univers ! Moi je ne rigole pas avec les découvertes des astronomes. Et chacun devrait garder son sérieux aussi. Ca me concerne que la Grande Ourse se fasse le petit chaperon rouge sur l’écliptique d’Uranus sous les yeux de Jupiter. Ca m’intéresse les vides quantiques pendant la récréation à 15 heures 30 un 4 septembre 2551. C’est tellement étrange de découvrir un vide quantique que j’en ai même plus rien à foutre de tout le reste. Un endroit où il n’y a rien, loin des caddies de la bonne femme au supermarché qui achète son Canigou, son saucisson et sa tranche de pain d’épices. Un endroit loin de Dechavanne et autres Derrick. Pénard. Alors, c’est possible de trouver un coin loin de la connerie humaine ? Je prends mon ticket tout de suite, j’achète, j’achète ! Un petit vide dans l’après-midi avec quelques glaçons et des gâteaux apéritifs… génial ! Une grande étendue sans porcs et sans vomi parterre, un petit coin de paradis quoi. Les scientifiques, en observant le rayonnement de fond cosmologique ont peut-être découvert un vide de plus dans le vide de nos existences. Ca va pas changer grand chose, certes. Je ne suis même pas sûr que là-bas on reçoive la TNT. Mais bon, ça mérite d’être dit. Répété. Enseigné à l’école. On est pas grand chose et on est pas près d’y être.

18:35 Publié dans Science | Lien permanent | Envoyer cette note

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