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30.08.2007
Secret connerie
Vendredi 31 août, ne ratez surtout pas la finale de Secret Story sur TF1. L’émission la plus controversée du PAF va finir dans un beau feu d’artifice. Je ne suis pas en train de parler de science-fiction, ces martiens-là sont bien réels pour notre plus grand désarroi. Vu l’autre jour à la télé, des grenouilles avec des cheveux (y a qu’à la télé qu’on voit ça) pataugeant dans une mare d’acide sulfurique, dégueulant leurs viscères après l’attaque de la vachette… je me suis dit : dans quel monde sommes-nous, ils ne passent plus que des conneries à la télévision ! Quand même, je suis accro, je peux pas dire le contraire… les séries américaines avec de la cervelle éparpillée un peu partout et des flics avec des chaussures de ski qui dressent des contraventions à ceux qui pètent et empestent les rues… les jeux bien français à la Dechavanne avec des chiens crasseux qui se promènent sur le plateau et Victoria Silvstedt qui se gratte les nichons en épelant « Voyelles : A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu » comme une muse de chez Givenchy… les feuilletons (avec des histoires assez simples tout compte fait : je t’aime, moi aussi… pourquoi tu m’as quitté, je t’aimais d’un amour sans pareil, nous étions pourtant heureux d’être ensemble tous les deux)… les émissions People du genre « Pourquoi les hamsters ne mangent-ils pas les grenouilles et vice versa » avec Carlos et Lepers en train de manger de la barbe à papa… mais je m’égare… la télévision n’est pas un repaire de demeurés, loin de là. D’accord, il faut chercher beaucoup, jouer de la zapette pour tomber sur les bonnes émissions. Y en a, faut pas exagérer, beaucoup. Je pourrais en citer plein. Y en a. Et c’est pas moi qui vais aller cracher dessus. Et si je suis parti dans une longue diatribe, c’est que je me souviens des moments de l’adolescence où j’ai compris qu’on nous prenait pour des cons. Qu’on nous faisait bouffer de la pub du matin au soir. A l’hôpital psychiatrique on regardait Derrick et les chiffres et les lettres parce qu’il n’y avait rien d’autre, pas par choix. Alors, on avait pas de remords à griller nos cigarettes et à en crever. C’est la vie, quand on ne te montre que de la vulgarité et de la médiocrité, tu préfères autant crever que de découvrir toi-même que ce que tu recherches, tu ne l’obtiendras jamais. Alors, vive la bêtise généralisée, les émissions de Foucault, de Pernaut et de Bern, parce que la bêtise est photogénique, télévisuelle. En effet, faut pas imaginer qu’avec tout ce qu’on nous vend on chercherait par derrière, subrepticement, vicieusement à nous en dégoûter ! C’est carrément le système qui s’effondre ! Vous n’imaginez pas la catastrophe, la fenêtre du monde qui se mettrait à réfléchir, des idées dangereuses qui se mettraient à germer, des gueulantes en direct, de l'Art, de la poésie !!! arghhhh… t’es pas fou non… espèce d’anarchiste, terroriste, fainéant ! Nom d’une pipe en bois, vous imaginez des gens (des homo erectus) qui se mettraient à émettre une opinion ? Z’imaginez pas le bazar ! Non, rassurez-vous, ce n’est que de la science-fiction. Nous n’appartenons à aucune idéologie, à aucun système, nous ne sommes pas des robots. Va expliquer ça au mec qui transpire dans sa banlieue, au mec qui dératise les caniveaux la nuit. Et ce gars à seize ans avec son CAP en poche qui se dresse au garde-à-vous face au patron… c’est ça la vie, mon pote, arrête de réfléchir et de te mettre des idées dans la tête, fous-y plutôt du plomb, le plomb c’est coté en bourse, ça fume pas du hachisch à la télévision. Voilà, chères âmes, où il fallait en venir en consultant ce programme. On se retrouve après la séance de pubs. Et ne ratez pas le grand tirage au sort de vendredi qui désignera le vainqueur de la première et fameuse Secret connerie.
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23.08.2007
Anatomie d'une expulsion
De nombreux termes dans la langue française permettent d’exprimer une idée similaire : la damnation, la malédiction, l’exclusion, la condamnation, l’expulsion… Notre imaginaire religieux et historique est riche de ces exemples, de ces jugements, de ces drames. La damnation serait le prix à payer pour un péché quelconque attribué à un comportement, à un individu ou à une nation. La condamnation est ce qui préoccupe la justice. N’est-elle pas ce qui pèse déjà sur les épaules usées des hommes ? Quant à l’expulsion, il en est une fort célèbre à l’origine de l’humanité : celle du Paradis.
Ainsi lit-on dans la Genèse : « Puis Yahvé Dieu dit : “Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous, pour connaître le bien et le mal ! Qu’il n’étende pas la main, ne cueille aussi de l’arbre de vie, n’en mange et ne vive pour toujours !” Et Yahvé Dieu le renvoya du jardin d’Eden pour cultiver le sol d’où il avait été tiré. Il bannit l’homme et il posta devant le jardin d’Eden les chérubins et la flamme du glaive fulgurant pour garder le chemin de l’arbre de vie. »(Genèse, III, 22,24).
N’avons-nous pas fini de payer le prix de nos fautes ? La naissance elle-même n’est-elle pas une expulsion fameuse de l’Eden intra-utérin ? Jésus n’a-t-il pas été envoyé sur Terre afin de répandre une parole divine qui commençait par son propre sacrifice ? « Comme ils étaient là, le jour où elle devait accoucher arriva. Elle mit au monde son fils premier-né. » (Luc, 2, 6-15) L’homme expulsé violemment des flancs maternels, se frayant un passage parmi la chair sanglante, rendu à la vérité du monde et à celle de ses péchés !
Et cette Vierge Marie pourtant, célébrée chaque 15 août, elle qui donne et reçoit la vie, admise au côté de la pureté divine, dont le 2ème concile du Vatican disait : « Enfin la Vierge immaculée, préservée par Dieu de toute atteinte de la faute originelle, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire du ciel, et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l'univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des seigneurs, victorieux du péché et de la mort. »
L’eau, l’élément originel à la source de la création et de la vie, peut aussi la reprendre. Il est étrange que ce 15 août fût marqué aussi de déchaînements climatiques à répétitions. Alors que les touristes sont expulsés des plages, nombre de catastrophes naturelles ponctuent l’actualité, tremblements de terre, cyclones et inondations. Les hommes sont expulsés par millions de leurs abris de fortune, comme sous la condamnation de la force du déluge. L’homme pécheur est à nouveau expulsé de ses terres. Il est écrit dans le Coran que Noé dit à son fils qui voulait se réfugier sur un mont : « Il n'y a aujourd'hui aucun protecteur contre l'ordre d'Allah. (Tous périront) sauf celui à qui Il fait miséricorde ». On pourrait penser à une autre catastrophe décrite, celle de l’Apocalypse, on peut se dire aussi que chaque époque l’a déjà annoncée et que les bouleversements climatiques ne sont dus qu’à l’ignorance et à la bêtise des hommes.
Ainsi, ce 15 août fut marqué par des inondations importantes, au Bangladesh, en Afrique de l’est, en Corée du nord, et ailleurs :
« Les inondations qui frappent le Bangladesh ont fait une quarantaine de morts supplémentaires dans la nuit de mardi à mercredi, portant à un demi-millier le nombre des décès enregistrés dans le pays depuis le début de la catastrophe. Le niveau des eaux a baissé, mais des millions de personnes restent sans abri et sont exposées aux maladies, essentiellement liées à la consommation d'eau non potable. » Express.fr, le 15 août.
« Des pluies diluviennes continuaient de s'abattre samedi en Afrique de l'Est alors que des inondations ont déjà forcé des centaines de milliers de personnes à se déplacer, augmentant les craintes d'une pénurie de vivres et d'une propagation des maladies dans la région. "De nombreuses personnes ont cherché refuge dans des églises (...) tandis que d'autres ont quitté les zones touchées pour aller rejoindre des membres de leurs familles. » AFP, le 18 août.
« Selon les calculs des équipes de la FICR, au moins 14.000 maisons ont été détruites dans deux des six provinces inondées : Hamgyong Sud, sur la côte est, et Kangwon, près de la frontière sud-coréenne. Un peu plus tôt, un responsable du Programme alimentaire mondial (PAM) de l’ONU avait estimé à 300.000 le nombre de personnes potentiellement affectées par les intempéries. » Le soir en ligne,15 août.
D’autres expulsions tragiques ont marqué notre temps, intolérables car portant atteinte à la dignité même de l’homme. La plupart du temps, il s’agissait de massacres portant sur Terre le feu de l’Enfer. Ce feu que l’homme a volé à la nuit, dont il a fait un instrument de torture et d’abomination. Le feu, autre élément d’apocalypse que l’homme s’est approprié, lui qui a expulsé Dieu de sa raison ! Ce même feu qui brûlait les livres sous le nazisme, les sorcières sous l’inquisition et les juifs à Auschwitz et à Sobibor ! Qu'y a-t-il de pire que cette damnation de l’humain, que cet enfer que l’homme entretient ici et qui déchire l’Histoire ? Peut-être le temps est-il venu de payer pour nos fautes, celles qui justifieraient notre propre damnation.
« Les déportations commencent. Une première vague d'arrestations a lieu entre le 22 juillet et le 12 septembre 1942 : 300.000 Juifs sont arrêtés et conduits au camp de Treblinka où ils sont exterminés. 5000 à 6000 personnes chaque jour sont ainsi emmenées vers la Umschlagplatz d'où elles sont déportées par trains vers le lieu de leur extermination! Il ne reste plus ensuite qu'environ 70.000 Juifs dans le ghetto dont la surface est rétrécie. »
« Le 19 avril 1943, les nazis décident de déporter les derniers Juifs et pénètrent en force dans le ghetto encerclé : 16 officiers et 850 soldats participent à l'action. La résistance est pourtant très importante. » Source.
Soyons donc attentifs à l’Histoire. Aucune société n'est à l'abri de ses répétitions. L’Histoire a montré les tourments de l’enfer, elle peut nous faire craindre une damnation pour notre incapacité à vivre ensemble, avec l’Autre. L’homme fait face à des catastrophes écologiques inquiétantes, aux guerres qui se répètent, à la misère sociale. Il serait temps de faire renaître ce qui a été expulsé avec tant de violence : la parole.
Il faut croire que ce sont les riches, les puissants, ceux qui ont quelque chose à perdre qui ont le pouvoir de la parole. Ceux qui sont capables d’exclusion , de mainmise sur l’économique, le politique. Il semble que quelque soit le verbe, il s’agit toujours de rejet, de refus, de renvoi. Nous expulsons une misère parce que nous ne trouvons pas les moyens de la combattre, nous accusons de tous les maux ceux qui ne nous ressemblent pas. Et cette petite minorité, ces marchands du temple que Dieu n’a pas encore expulsés, font leur pain sur le dos de la misère humaine depuis que l’homme a inventé l’argent !
Regardons autour de nous, à Cachan, en août 2006 : « Le jeudi 17 août, les forces de police ont procédé à l’expulsion, dans des conditions qui s’apparentent à une rafle, de près d’un millier d’habitants qui occupaient depuis plusieurs années un bâtiment de la cité universitaire de Cachan dans le Val de Marne. » Sud éducation.org.
Et regardons aujourd’hui : « Après l'accident d'Ivan jeudi à Amiens, le Réseau éducation sans frontières fustige dimanche le renvoi dans leur pays d'un Mongol et d'un Ukrainien ce week-end. » Libération, le 12 août. « C’est un enfant, il a douze ans, il est entre la vie et la mort à Amiens. Il aurait pu être Chinois, être plus âgé, et le drame aurait pu avoir lieu à Dôle, Lyon, Lille ou n’importe où en France. Ce n’est pas un accident. C’est l’effet direct et inéluctable de la politique imposée aux préfectures et aux policiers par le gouvernement. Les services sont soumis à des quotas en matière d’interpellation. » (125 000 exigés par le ministre en 2007) et d’expulsions (25 000). RESF, communiqué du 9 août 2007.
Regardons les enfants qui ont peur à l’école, les parents qui ne quittent plus leurs 10 mètres carrés de peur d’être contrôlés par la police. Les rafles à l’abri de tous les regards, les quotas, les arrestations arbitraires. Peut-on supporter ces conditions sans avoir expulsé de soi-même une certaine humanité ? Ceux que nous expulsons des immeubles, ceux que nous expulsons de nos entreprises, ceux que l’on refoule parce que différents, ne sont-ils pas eux aussi désireux de paix et de prospérité ?
Au final, ce fossé entre les hommes, les cultures, les nations, est palpable ici et ailleurs. La majorité des hommes est exclue du progrès, ne vit que des restes et de presque rien, subissant les assauts du climat, vivant dans une violence permanente, sans la possibilité de se faire entendre.
Chez nous, les artistes n’ont plus la parole. Il devient de plus en plus difficile d’émettre une idée, une opinion. Les grands médias bâillonnent l’expression. On expulse, on efface, on dissimule. Ecrire, créer est un acte de résistance qu’il faut assumer sous peine de silence. C’est ainsi que de nombreuses voix s'élèvent avec l’espoir de se faire entendre.
Ces deux thèmes : l’exclusion, l’expulsion sont en ce moment, je le suppose, chers à Lili-Oto, un artiste bordelais, et pourraient lui inspirer quelques créations. Les artistes qui se sont eux-mêmes exclus d’une certaine facilité, d’une relation privilégiée à l’argent, eux qui souhaitent autre chose que l’éternel combat, la sacro-sainte compétition, ont à charge de nous proposer une autre vie. Partout où un peintre dresse sa toile, où un artiste installe son oeuvre, il y a interrogation, comme pour dire : le miroir qu’est la création ne fait pas qu’expulser votre image, il la sanctifie, la sacralise, la dresse au rang d’énigme. L’artiste vous questionne : dans quelle mesure êtes-vous prêts à raccorder en vous les fils de la lumière avant que l’ombre ne l’engloutisse dans un abîme noir et sans fond ?
Pour signer la pétition de Lili-Oto : cliquez ici et là : APEA
15:25 Publié dans Société | Lien permanent | Envoyer cette note
15.08.2007
Le nid du coucou
Plus de 1500 personnes sont attendues aux limites de l’aéroport d’Heathrow, à Londres, pour manifester contre la construction d’un cinquième terminal d’ici à 2008. Le transport aérien est accusé de participer au réchauffement climatique, au même titre que la circulation automobile. Cet aéroport, un des plus fréquentés au monde, verra passer ses 1,5 million de passagers cette semaine. Je me demande pourquoi les gens ne restent pas chez eux à regarder la télévision, inspecteur Derrick ou Columbo… Désormais le bout du monde est à une station de métro de n’importe où, pourquoi se priver d’un voyage, pourrait-on me rétorquer ? Encore une fois, je m’incline devant le bon sens imparable du globe-trotter muni de son attaché-case cuir croco, de son pardessus noir, de son chapeau melon et qui va répandre la bonne parole des bénéfices à accumuler, du capital et de l’esclavagisme moderne… Vive le travail ! Vive le bateau, la voiture, la mobylette ! Vive le moteur à injection qui vrombit au pied des immeubles ! La marmite à grand-mère, le cassoulet grillé, la choucroute ! Vive le supermarché à deux pas de chez moi ! Faut pas cracher dans la soupe. Il faudrait être dérangé pour cracher dans la soupe. Vive la connerie universelle et la pâte à mâcher ! Ok, j’arrête là la digression et les conneries, je redeviens raisonnable cinq minutes. Dépêchons-nous. De toutes façons, je ne suis pas à la mode, je ne repasse jamais mon linge (c’est du vécu, c’est authentique) et je pue de la gueule. J’ai carrément raté ma vie professionnelle, j’en ai même plus rien à foutre de ma vie tout court… Je n’ai pas de conversation. En communauté, j’ai plutôt envie d’envoyer des pains dans la gueule… on a un peu raison de m’enfermer là, non ? J’essaie de me tenir à carreau, j’ai encore envie de bouffer. Bâillonnez-moi avec du bon chatterton, s’il vous plaît, avant que je dise encore une connerie ! Pitié pour l’intelligence et le bon sens, je suis à la masse, j’hallucine d’hébétude, je divague comme un rat dans le caniveau. L’estime de soi, bordel ! Nœud de cravate, bien rasé, chaussures cirées, place dans l’avion vers destination inconnue aux Bahamas ou à Tombouctou. L’homme d’affaires universel, la vie est une usine, je suis heureux ici à péter dans l’eau. On m’a dit : « Il faut se battre, fermer sa gueule pour avoir un boulot, le boulot ça pousse pas dans les arbres, c’est vachement dur à trouver, il faut savoir écraser son prochain dans l’œuf, amen ! » Moi j’ai bien appris la prière et je me la suis tatouée sur la peau des fesses, comme ça je suis toujours assis dessus. Ils m’ont bien traumatisé à l’école, la vache ! Ils m’ont dit que les avions ça poussait pas tout seul, que la choucroute était meilleure garnie et que la vie consistait à repasser son linge trois fois par semaine pendant soixante ans. J’ai tout appris par cœur et j’ai tout dégueulé dans le caniveau alors que j’allais à une manifestation contre la construction d’un nouveau terminal d’ici à 2008 à Trifouilli les oies.
13:50 Publié dans Société | Lien permanent | Envoyer cette note
10.08.2007
J'ai fait un rêve
J’ai fait un rêve. L’étendue mentale de mon néant s’est transfiguré en une statue de sel. Il y avait des armées de soldats qui construisaient des hôpitaux et dans ces hôpitaux il y avait des prisons, et dans une prison il y avait moi. A l’intérieur de mon esprit, il y avait une fenêtre munie de barreaux, une araignée dans un coin, et un lit. Où étais-tu lecteur, sinon à la même place qu’en ce moment ? Tu lisais mon histoire dans les lignes d’un cahier déposé sur l’étagère. Il n’y a rien d’autre à rajouter à ce rêve parce que je me suis réveillé aussitôt après. S’agit-il toujours de la même folie qui rôde ? Les yeux des hommes sont aveugles à la réalité. Elle les piège comme des insectes contre les carreaux. Tu as dit que tu t’en allais, que tu n’en avais pas pour longtemps. Je rigole un peu, ça fait dix ans que tu es partie. Tu n’as laissé aucun message. C’est dingue, j’ai cassé le mur en voulant le traverser. Qu’est-ce que j’allais bien foutre de l’autre côté ? Je savais bien que tu ne reviendrais jamais. Je t’ai confondue avec un lampadaire.
Je l’avoue, j’ai volé un crayon dans un magasin. C’est vraiment la première connerie que j’ai faite. Ensuite on m’a appris à écrire. Du coup, tout ce que j’ai pu écrire l’a été dans la clandestinité. C’est dire si j’ai intérêt à ne pas écrire trop de conneries. Il paraît que quand on a fini l’exercice, ils relient nos cahiers de classe à grands coups de spirales.
Il y a sûrement un truc que j’ai oublié de dire. Je laisse donc branché le portable en attendant le passage de la boulangère. Demain matin.20:25 Publié dans in utero | Lien permanent | Envoyer cette note
06.08.2007
Offensive Mistral
Ils ont dit qu’il fallait vendre des armes à la Libye parce que cela faisait marcher les usines françaises. Il fallait s’en excuser ?… Un peu mon neveu, on est pas là pour foutre sur la gueule à des innocents. Alors j’ai bien compris que mon porte-monnaie pouvait me sauver la vie, qu’avec un dollar par jour pour survivre comme deux milliards d’êtres humains sur la planète je ne pouvais pas aller bien loin. Le gars, il est parti en vacances de l’autre côté de l’Atlantique… remarque, il a raison, il a été un peu invité, non ? Remarque encore, moi je dirais pas non à une petite escapade à l’autre bout de la planète ; avec tous ces avions aujourd’hui tu vas n’importe où, n’importe quand ; bientôt on pourra aller au Tibet en TGV (mais si c’est possible) ou donner à manger aux bangladeshi en leur balançant des morceaux de pain (vous trouvez ça cruel ? on en est pas loin). Bref, la possibilité de déplacement est proportionnelle au taux du livret A. Qui veut aller loin ne ménage pas ses pépètes. C’est celui qui dit qui y est. Pourtant ici les riches il y en a un paquet. Ca se trimbale en chemise à carreaux, laquelle chemise trimbale un chien-chien affreux comme un pou ! D’ailleurs, savez-vous que même les chiens vont au restaurant ? Non, je ne blague pas malheureusement, c’est prouvé, attesté, on arrête pas le progrès. Halte à cette digression, revenons à notre propos logique et cohérent ; n’agressons personne, restons dans les normes et le train sifflera trois fois, restons en symbiose existentielle avec le reste de l’humanité, si y a du Canigou pour Médor y a forcément du pain dur pour nourrir les mômes là-bas. De toutes façons, là-bas c’est loin, c’est même pas perceptible par les médias, c’est juste un million de sans-abri, c’est juste quelques victimes dans le journal de Pernaut, l’animateur télé. Ca existe peut-être les gens qui crèvent, on sait pas… C’est juste une éventualité. D’ailleurs y a pas que les gens qui crèvent, y a aussi les plantes, les bébêtes. Alors, je fais quoi moi ici ? J’ai assez usé mon cul sur les bancs de l’école, j’apprends encore, chaque jour. J’apprends des trucs dont nous ne sommes pas responsables parce que la merde que nous évacuons ne se voit pas, ou alors, il faut creuser profond, ça se verra dans mille ans, la Terre n’oublie rien dans sa mémoire informatique. Une semaine de vacances en août à se dorer la pilule, à dépenser l’argent amassé au cours d’un dur labeur, à se gratter le postérieur en pensant à sa retraite… c’est ça la vraie vie, l’horizon qu’on nous propose, à la télé, dans les journaux, et plus le CAC 40 s’envole, et plus le dollars pue des pieds et plus on est content, c’est qu’on va pouvoir s’acheter la dernière automobile, le dernier DVD de Claude François (paix à son âme), ou refaire la déco de fond en comble (c’est super ça, merci M6). Il en a quoi à foutre, le gars au Zimbabwe ? Ca change quoi pour lui ? Je dis pas qu’il faut tout envoyer balader à la maison, je dis pas qu’il faut adopter le look peace and love, encore que… Je dis que de multiples exemples montrent qu’avec un peu de réflexion et de bon sens, il est possible de tout modifier autour de soi, de changer sa propre vie, d’adopter un autre regard. Nous sommes si loin de tout, loin du monde et de sa réalité. Même nos soirées festives n’ont plus de sens, même nos liqueurs ont un goût amer. Moi, je pense à l’enfant qui va naître. Quel sera son chemin ? Que lui dira-t-on du monde pour qu’il n’ait pas envie d’en partir ? Que faudra-t-il lui montrer, quels exemples ? On lui dira que les hommes sont pourris, qu’ils font la guerre, qu’ils exterminent les oiseaux, on lui dira que c’est ainsi depuis la nuit des temps mais que désormais il est impossible de fermer les yeux. Il s’en ira, dépité comme un clochard. Il se fera au goût de l’alcool. On lui dira : le président est en vacances, la bourse est en hausse, les ventes d’armes se portent bien, désormais il suffit d’un coup de téléphone pour partir et il n’est pas besoin de se poser de questions pour être heureux sur Terre.
19:45 Publié dans Société | Lien permanent | Envoyer cette note