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25/07/2007

En vacances

12a3dc981b53ace741926ca6cfd4c302.jpgNGC 581 part en vacances. Pour ne pas appeler à mes trousses les Renseignements Généraux, je ne divulguerai pas le lieu de ma villégiature. Je suis entré dans la clandestinité depuis cet entretien où l'on m'a dit : « - M'enfin, monsieur... z'êtes quand même quelqu'un de raisonnable... z'allez pas prendre le maquis... on vous retrouvera de toutes façons. » Vous comprendrez donc ma prudence légitime ! Y z'ont dit qu'en tant que poète je pouvais bien leur composer une petite chanson pour le nouveau produit de leur entreprise, un nouveau truc à la mode. J'ai dit que je ne cautionnais pas la prostitution, que j'étais pas là pour coller des affiches publicitaires et que de toutes façons j'en avais rien à foutre de leur produit à la con. Y z'ont dit que j'allais pas m'en tirer comme ça, que si j'étais là pour mettre le bordel, je pouvais repartir illico. Je me suis barré vite fait vers la sortie en gueulant : « z'aurez pas ma peau ! » J'suis reparti avec mon cartable de potache cancrelat. J'ai pas signé le contrat d'embauche. Du coup je suis pas salarié de leur entreprise, je suis carrément au chômage, j'ai même plus un sou pour partir en vacances. Maintenant j'ai les Renseignements Généraux aux fesses ; ils m'ont dit : « - Et comment vous payez vos tubes de peinture et vos pinceaux ? Y a anguille sous roche forcément. » C'est ça, oui, je vais aller à la pêche à l'anguille, mais dans un endroit que personne ne connaît : au pays des rêves.

14:45 Publié dans La vie des mots | Lien permanent

20/07/2007

De là-haut

Jusqu'à quelle hauteur faut-il s'élever pour ne plus voir du monde qu'un jardin noyé dans la brume ? Quelle distance faut-il parcourir avant de pouvoir se retourner sur sa vie ? Nous marchons dans les rues avec comme satisfaction ce qui brille, ce qui annihile les relents purulents de notre quotidien. Y a-t-il un autre but plus conséquent, plus essentiel ? Alors, disons que le monde est né il y a des milliards d'années et que sa clef nous est définitivement interdite. Disons qu'il suffit d'évoquer notre quotidien et que c'est bien la marche qui nous importe. Cette évocation des mystères, cette transmission de l'ineffable, du spirituel. La poésie est une attitude face au monde, ne témoigne t-elle pas de notre implication, de notre parcours ? Et qu'attend-on d'autre que la transcription fidèle de cette traversée ? Alors, je dis que cette hauteur est proprement un renoncement à soi, la magie qu'il génère est peut-être à la source de la création, elle vous précipite aussi au fond des abîmes, vous y stagnez avec toute l'hébétude de la douleur et les boulets qui vous retiennent au fond. Il y a des danses au fond de l'inconscient, l'esprit sommeille. Le jardin est en fleur. J'ouvre le portail doucement, sans bruit, je franchis le pas de la porte, sur la table il y a un bouquet de fleurs, un message. La cloche de l'école sonne, il est cinq heures. Me voici étendu près des roses à lire un bouquin. Je ne savais pas que le renoncement était la possession des choses. Voici que le ciel est pourpre. C'est un ciel d'orage. Il est bon de regarder le monde de là-haut.

19:50 Publié dans Musique | Lien permanent

16/07/2007

Gema

Gema, moi non plus je ne peux plus bouger. Je te vois voûtée sur ta chaise avec ton regard de tristesse. Nous en sommes tous là, ligotés sur nos sièges éjectables. Ce n'est pas parce que tu fais le trajet jusqu'ici tous les jours que ton regard a changé de couleur. Ta tristesse me ferait presque pleurer. Tu avances les lèvres en avant en marmonnant comme toujours, comme si tu allais croquer le monde. Tes yeux se mouillent de désespoir, mais c'est moi qui pleure, Gema. Tu ne connais peut-être pas la douleur d'écrire, mais la douleur, elle est là ancrée en toi. Tu te dis : à quoi bon lutter, nous sommes déjà presque morts, à quoi bon marcher ? C'est vrai, Gema, on ferait mieux de rester ici à attendre. D'ailleurs, tous ces gens feraient bien aussi de ne pas bouger. Quand on a l'air d'un épouvantail on ne fait plus peur à personne. C'est quand on remue un peu qu'on leur fait peur, quand quelque chose tourne encore rond. Alors on reste là et on brandit notre pancarte : « fou », « poète », « je suis inadapté à la civilisation, je suis malade, abruti, incapable d'aligner trois mots qui ne soient pas de travers, donnez-moi mon pain quotidien de médicaments, injectez-moi en intraveineuse de quoi m'envoyer sur Saturne, je prie chaque jour pour rejoindre Saturne. » Gema, ça fait quoi trois fois quatre je sais pas je donne ma langue au chat ! De l'autre côté de la barrière il y a l'océan, Gema. Mais nous on est là, c'est ça qui ne va pas, c'est ça qu'il faudrait changer. Je sais bien qu'on ne peut pas guérir, on ne pourra jamais passer de l'autre côté de la barrière... C'est ça notre désespoir. C'est pour cela qu'on est assis sur notre chaise depuis une demi-heure que je te regarde. Je crois qu'on y est arrivé. C'est ici qu'on descend. Il va falloir marcher un peu, Gema. Au moins jusqu'à la mer, au moins jusqu'au bord du lagon. C'est pas grave, le soleil dans les yeux. Le vent, la pluie. Gema.

15:15 Publié dans in utero | Lien permanent