28.03.2008
Run like hell
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28.11.2007
Learning to fly
Quand j’étais encore lycéen, j’avais un vieux walkman avec lequel j’écoutais des cassettes de Pink Floyd. Ca me permettait de m’échapper du dortoir, le soir avant de m’endormir. J’apprenais à voler. Tout était encore possible. C’était en 1990, les temps ont bien changé. Les chiens de la guerre ont agrandi leur territoire. Aujourd’hui sort l’i Phone, un walkman révolutionnaire qui va bientôt vous faire le café, vous fournir en bonbons Haribo et vous réserver des places de parking et de cinéma. Ca va quand même vous coûter 49 euros les deux heures et 119 euros les 8 heures en connexion, à ce prix-là le café c’est de l’or, c’est aussi puissant qu’un implant dans la tête, il suffirait presque de claquer des dents pour appeler la nourrice et se gratter le nez pour transformer vos verres de lunettes en écran de télévision. Mais bon, accessoirement le nouvel i Phone ne sert à rien, sinon à crâner un peu entre collègues, à épater les amis, à défier la science et la connerie le temps d’un clip de Céline Dion… une belle invention tout de même qui va ravir les noyés du Bangladesh et les opprimés de la Birmanie. Ainsi donc, désormais attendez-vous à croiser le i Phone partout dans le métro ! On va pouvoir zapper comme des malades ! Quant à son utilité, on aura bien le temps d’y réfléchir… Désormais on va pouvoir se télécharger des neurones de substitution, remède à ce qui portait un autre nom dans les asiles : la leucotomie. Et c’est vrai que les fous ne sont pas tous enfermés. M’enfin, on va bien trouver une utilité à tous nos trucs modernes, à force d’accumuler dans nos greniers, ça va bien finir par déborder un peu ! Y en a bien quelques-uns qui vont s’en apercevoir et réclamer leur part du gâteau ! Comptez pas sur moi pour acheter le nouvel i Phone à 399 euros ! Je sais pas ce que je foutrais d’un I Phone, j’ai déjà mon vieux walkman. Je vous jure que ça marche encore ! Evidemment, pour Noël on va vous parler du pouvoir d’achat, on va vous en foutre plein les yeux comme d’habitude. Et puis, le jour fatidique, on aura une petite pensée pour les pauvres de la planète et on dira tous en chœur : - allez, vite ! maintenant les cadeaux ! On apprendra que dans la nuit des clochards sont morts de froid dans la rue et on en remettra une couche sur le foie gras et les tranches de saumon. - Ouahhh, j’ai un nouvel i Phone ! – Moi j’ai le nouvel Action Joe !!!!! C’est normal, on est des enfants, les trucs qui roulent, qui brillent et qui font de la musique, ça plait forcément aux enfants ! – Allez, joyeux Noël, les enfants ! Les enfants de partout qui ont encore leur innocence, mais à qui certains donneront des armes, les enfants qui adultes dissimuleront leurs richesses dans la bonne conscience, mais parmi lesquels certains tenteront de tout casser, parce que c’est pas juste, parce que le Père Noël n’existe pas, parce qu’on vous raconte des histoires depuis la nuit des temps. Les enfants qui balanceront leurs jouets contre les murs. Ca va se voir sur les écrans des i Phone. Ca va circuler dans la banlieue, dans les rizières, les mangroves, les déserts. On entendra forcément dans les walkmans les échos de ceux qui sont tombés, la nuit, là-bas, dans l’indifférence la plus totale.
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12.11.2007
Special K
Le grand Sarkozy a dit un jour, au sommet de la montagne : « Peuple de fainéants ! Vous travaillez pas assez ! » J’ai reçu l’injonction en pleine gueule, moi qui n’en fous pas une rame ! Le symbole de notre civilisation c’est le caddie, le caddie avec les emballages, les plats cuisinés qui permettent de gagner du temps, les morceaux de poissons avec tout plein de publicités autour. L’autre jour, donc, j’entre dans le supermarché à côté de chez moi, je vois une bonne femme qui me dit : - c’est pour le secours populaire… Je prends le papier, je le mets dans ma poche et je prends un panier, je le remplis en conservant bien à part un paquet de céréales et deux boites de conserves. Sourire à la caissière. Et je dis : - tenez, je vous mets ça là… Merci de la dame. Alors, que je rajuste mon blouson, je l’entends qui redit : - pour le secours populaire… L’autre dame la regarde, regarde le papier, ne le prend pas, jette un regard apeuré vers la dame du secours populaire, puis s’éloigne, non sans me laisser penser qu’elle aurait très bien pu dire : - désolé, je mange pas de ce pain-là. Les fainéants, ils n’ont qu’à travailler comme tout le monde ! J’ai failli lui dire : - moi non plus je travaille pas, ça vous pose un problème ? Faites gaffe, z’êtes minoritaire, ils pourraient bien un jour vous tomber dessus… La pauv’ dame, je la comprends. On nous apprend dès notre plus jeune âge à être plus fort que les autres, on nous prépare à la compétition… c’est comme pour extraire de l’or, il faut jeter pas mal de trucs avec. Alors, forcément, ce qui sort de l’ordinaire, ce qui ne correspond pas à l’image du consommateur travailleur de sa propre richesse, ça passe mal, ça laisse comme un goût d’huile de foie de morue dans la bouche. Les cons. Pourtant, c’est bien tranquille mon supermarché, y a pas d’attentats, y a à peine un ou deux clodos, les gens, z’ont de belles voitures et des gamins dans le caddie avec des produits pleins d’emballages, et comme c’est bientôt les fêtes, ça parle un peu plus fort que d’habitude, ça zyeute vers les guirlandes et les boules, les chocolats et tous les machins que l’on vend à Noël. Le Christ est né, alléluia ! - C’est qu’il faudrait apprendre aux pauvres à travailler, au lieu de faire la manche les jours ordinaires dans les supermarchés ! Z’allez pas me dire que les pauvres y cotisent pour leur retraite ! Tas de fainéants ! Bordel de Dieu ! Brrrrr… vous avez remarqué comme il fait froid ! Il va falloir mettre les bonnets, les moumoutes ! Prosper, youpla boum, c’est le roi du pain d’épices ! C’est comme ça que ça se passe dans mon supermarché, y a des nazis et des fachos, des malotrus qui vomissent leurs litrons, des mégères et leurs marmots dans le caddie, des qui ont voté Sarkozy, des qui ont voté Royal, des qui puent de la gueule, des qui achètent toujours les mêmes marques et des qui pensent que tous les pauvres sont des fainéants qui vivent au crochet de la société. Et y a Sarkozy sur la montagne qui gueule dans un mégaphone et qui nourrit les clébards des bonnes consciences déguisées comme des sapins de Noël.
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15.09.2007
Beds are Burning
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20.07.2007
De là-haut
Jusqu’à quelle hauteur faut-il s’élever pour ne plus voir du monde qu’un jardin noyé dans la brume ? Quelle distance faut-il parcourir avant de pouvoir se retourner sur sa vie ? Nous marchons dans les rues avec comme satisfaction ce qui brille, ce qui annihile les relents purulents de notre quotidien. Y a-t-il un autre but plus conséquent, plus essentiel ? Alors, disons que le monde est né il y a des milliards d’années et que sa clef nous est définitivement interdite. Disons qu’il suffit d’évoquer notre quotidien et que c’est bien la marche qui nous importe. Cette évocation des mystères, cette transmission de l’ineffable, du spirituel. La poésie est une attitude face au monde, ne témoigne t-elle pas de notre implication, de notre parcours ? Et qu’attend-on d’autre que la transcription fidèle de cette traversée ? Alors, je dis que cette hauteur est proprement un renoncement à soi, la magie qu’il génère est peut-être à la source de la création, elle vous précipite aussi au fond des abîmes, vous y stagnez avec toute l’hébétude de la douleur et les boulets qui vous retiennent au fond. Il y a des danses au fond de l’inconscient, l’esprit sommeille. Le jardin est en fleur. J’ouvre le portail doucement, sans bruit, je franchis le pas de la porte, sur la table il y a un bouquet de fleurs, un message. La cloche de l’école sonne, il est cinq heures. Me voici étendu près des roses à lire un bouquin. Je ne savais pas que le renoncement était la possession des choses. Voici que le ciel est pourpre. C’est un ciel d’orage. Il est bon de regarder le monde de là-haut.
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