05.05.2008

Autre chose

Décidément, non, la page est tournée. Passer à autre chose. Peut-être ici, mais différemment. A suivre.

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27.02.2008

Le cancre

Aujourd’hui mercredi, journée des enfants, pas de note. Exceptionnellement la rédaction est en grève, le gamin est à la garderie, la parole est en vacances, la porte de la boulangerie est fermée. Trop de tracas, trop de bobos, pas facile de parler dans l’urgence, pas facile de dire un mot quand ça fait mal, quand ça va mal dans la tête. Vaut mieux se taire, c’est pas compliqué, faut pas chercher midi à quatorze heures. On gagne rien à parler, l’écran ça assèche les yeux… après, faut mettre des larmes artificielles ! On finit par avoir le sang déglingué… c’est pas moi qui y ai mis toutes ces cochonneries ! Bah ! mon vieux, on y voit encore un peu. Y a suffisamment de conneries dans le monde ! Là, je mets un sparadrap… ça va mieux ? Ben non, ça va toujours pas. C’est que le gamin est douillet. Y a des trucs qu’y peut pas supporter. Oh, eh, oh… j’vais bien finir par me taire ! – Mais faites-le taire ! Silence ! Aujourd’hui, pas de note. Pas de note sur le cahier, pas d’appréciations. Mercredi après-midi, c’est atelier poterie, séance découpage et collage de gommettes. Le front du gamin est contre la vitre à regarder la cour de récréation et les copains qui jouent dehors. J’aimerais bien y être aussi. Fait chier, cette putain de colle ! Remarquez… j’suis aussi bien ici, vu qu’il pleut. J’suis même un gros chanceux ! « Je ne dirai plus jamais de saloperies en classe ! » (à recopier cinquante fois). Pas de note, donc. A part ce gros zéro pointé qui fait tache ! Pas de note, pas de logique dans les articulations, pas de point de départ et aucun point d’arrivée. Y a plus qu’à se taire. C’est d’ailleurs ce que je vais faire dans quelques secondes, tout en sachant bien sûr que cette note n’a jamais commencé et que donc il n’y aura pas de fin.

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10.08.2007

J'ai fait un rêve

b65a78f19be4eb609b00563a3be9f077.jpgJ’ai fait un rêve. L’étendue mentale de mon néant s’est transfiguré en une statue de sel. Il y avait des armées de soldats qui construisaient des hôpitaux et dans ces hôpitaux il y avait des prisons, et dans une prison il y avait moi. A l’intérieur de mon esprit, il y avait une fenêtre munie de barreaux, une araignée dans un coin, et un lit. Où étais-tu lecteur, sinon à la même place qu’en ce moment ? Tu lisais mon histoire dans les lignes d’un cahier déposé sur l’étagère. Il n’y a rien d’autre à rajouter à ce rêve parce que je me suis réveillé aussitôt après.

S’agit-il toujours de la même folie qui rôde ? Les yeux des hommes sont aveugles à la réalité. Elle les piège comme des insectes contre les carreaux. Tu as dit que tu t’en allais, que tu n’en avais pas pour longtemps. Je rigole un peu, ça fait dix ans que tu es partie. Tu n’as laissé aucun message. C’est dingue, j’ai cassé le mur en voulant le traverser. Qu’est-ce que j’allais bien foutre de l’autre côté ? Je savais bien que tu ne reviendrais jamais. Je t’ai confondue avec un lampadaire.

Je l’avoue, j’ai volé un crayon dans un magasin. C’est vraiment la première connerie que j’ai faite. Ensuite on m’a appris à écrire. Du coup, tout ce que j’ai pu écrire l’a été dans la clandestinité. C’est dire si j’ai intérêt à ne pas écrire trop de conneries. Il paraît que quand on a fini l’exercice, ils relient nos cahiers de classe à grands coups de spirales.

Il y a sûrement un truc que j’ai oublié de dire. Je laisse donc branché le portable en attendant le passage de la boulangère. Demain matin.

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16.07.2007

Gema

Gema, moi non plus je ne peux plus bouger. Je te vois voûtée sur ta chaise avec ton regard de tristesse. Nous en sommes tous là, ligotés sur nos sièges éjectables. Ce n’est pas parce que tu fais le trajet jusqu’ici tous les jours que ton regard a changé de couleur. Ta tristesse me ferait même presque pleurer. Tu avances tes lèvres en avant en marmonnant comme toujours, comme si tu allais croquer le monde. Tes yeux se mouillent de désespoir, mais c’est moi qui pleure, Gema. Tu ne connais peut-être pas la douleur d’écrire, mais la douleur, elle est là ancrée en toi. Tu te dis : à quoi bon lutter, nous sommes déjà presque morts, à quoi bon marcher ? C’est vrai, Gema, on ferait mieux de rester ici à attendre. D’ailleurs, tous ces gens feraient bien aussi de ne pas bouger. Quand on a l’air d’un épouvantail on ne fait plus peur à personne. C’est quand on remue un peu qu’on leur fait peur, quand quelque chose tourne encore rond. Alors on reste là et on brandit notre pancarte : « fou », « poète », « je suis inadapté à la civilisation, je suis malade, abruti, incapable d’aligner trois mots qui soient pas de travers, donnez-moi mon pain quotidien de médicaments, injectez-moi en intraveineuse de quoi m’envoyer sur Saturne, je prie chaque jour de rejoindre Saturne. » Gema, ça fait quoi trois fois quatre je sais pas je donne ma langue au chat ! De l’autre côté de la barrière il y a l’océan, Gema. Mais nous on est là, c’est ça qui va pas, c’est ça qu’il faudrait changer. Je sais bien qu’on ne peut pas guérir, on ne pourra jamais passer de l’autre côté de la barrière… C’est ça notre désespoir. C’est pour cela qu’on est assis sur notre chaise depuis une demi-heure que je te regarde. Je crois qu’on y est arrivé. C’est ici qu’on descend. Il va falloir marcher un peu, Gema. Au moins jusqu’à la mer, au moins jusqu’à l’autre côté du lagon. C’est pas grave, le soleil dans les yeux. Le vent, la pluie. Gema.

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11.07.2007

En attendant Cassiopée

cd36a83bb5b09e2b71243d2058cc934b.jpgEn regardant vers la constellation de Cassiopée par une belle nuit de juillet, l’observateur attentif pourra discerner, perdu au sein de la Voie lactée, l’amas ouvert répertorié dans le New General Catalogue sous le nom de NGC 581. A une distance de 8500 années-lumière, cet amas nous regarde comme des êtres curieux tournant autour d’un soleil pâle inondé des 100 milliards d’étoiles que compte la galaxie . Une goutte d’eau dans l'océan si l’on en juge par les 100 milliards de galaxies qui peupleraient l’Univers. N’y aurait-il pas aussi plus de 100 000 milliards de cellules dans le corps humain ? N’y aurait-il pas autant de distance dans nos rêves ? Et qui peut dire qu’il parvient à toucher, assis sur sa chaise, les carreaux de sa fenêtre ? NGC 581 nous regarde comme une énigme dans le ciel. Nous sommes certains de nos codes, de nos possessions matérielles, de notre caractère et de notre intelligence… Or, c’est nous qui sommes observés. Et puis quoi… je suppose que c’est ainsi que les hommes vivent, il suffit d’un match de foot à la télévision pour les rendre heureux. Il suffit d’une musique entraînante pour danser. Heureux, malheureux, y a-t-il une importance quand on est persuadé de mourir, un jour ? NGC 581 nous regarde car nos bombes nucléaires ont éclairé la nuit. Les charniers de l’holocauste ont attiré les regards sur la laideur humaine. Les forêts de la Terre sont en feu. Et s’il nous reste un espoir, il est peut-être mince, beaucoup plus mince qu’un filament de nébuleuse, beaucoup plus ténu que le voile stellaire sur les yeux d’un aveugle. Il reste peut-être à prier pour notre rémission. Peut-être n’avons-nous pas compris que la clef du ciel est aussi la clef de nos appartements, de nos rêves. Nous ne sommes pas grand chose, pas beaucoup plus visibles qu’une étoile à l’autre bout de l’univers.

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