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30/10/2008

Multiples n°73

Multiples73.jpgLa revue Multiples, sous la direction de Henri Heurtebise, vient de faire paraître son 73ème numéro : Découverte - 13. Une édition spéciale jeunesse avec le « groupe des 13 », « jeunes poètes parisiens, publiés le plus souvent par la librairie-galerie Racine » qui oscillent entre 28 et 39 ans. Je remercie vivement Henri Heurtebise qui publie aussi, dans ce numéro, 16 poèmes extraits de Parmi les ténèbres, un de mes recueils inédits. Multiples tient ses promesses de diversité avec ses textes de tous styles, comme par exemple avec News de Sylviane Cernois qui dévoile un travail conséquent sur le langage (« Civils civières blessures blessés bleus bosses balafres / Cicatrices corps couverts criblés de balles coups de canon / Frappe frappe francs-tireurs flagelle les dos les poitrines coups de fouet ») et Comme neige de Jean Pichet qui brille de la force concise de ses haïkus (« Une porte entr’ouverte, et nous voici au seuil de l’inconnu » ; « La tristesse et la joie fréquentent les mêmes profondeurs »). Dans Poèmes, Gérard Uniack nous offre des images chocs, des scènes de vie, comme : « Les hauts-parleurs mugissent / « le train ne prend pas de voyageurs, / les trains ne prennent plus de voyageurs » », et encore : « dimanche résonne de rues vides / et de voix au fond des cours ». Avec Entre ta voix et ma voix la malachite noire de la voix d’une morte, Christian Saint-Paul s’intéresse à l’énigme de la parole : « Le portail de ta voix / s’ouvre / aux dimensions de mes mots »… Sans oublier le A suivre dédié à Georges Henri Le Garff, et les notes de lecture.

Quelques citations glanées à la lecture des poèmes du « groupe des 13 » dans ce numéro de Multiples :

Sébastien Colmagro : « Je suis un contretemps / J’ai la rage ancestrale / Besoin de tacher les murs de rêves » ; Cédric Rognon : « battement de ciel dans l’œil nu / la vie en moi se détache du rien des jours » ; Emmanuelle Favier : « La flaque grisonnante s’étale autour de pierres / usées par la fantasque assise du ciel » ; Claire Boitel : « la peau de l’œil s’étire vers des rêves / comme un enchevêtrement de ronces et des fruits » ; Ludovic Tournès : « La chambre gonfle, enfin, détruite enfin, / jonchée de présents rouillés » ; Virginie Reiffsteck : « Villes grises traversées de brouillard » ; Nicolas Cariven : « J’aime voir la longue file des voitures qui sortent / des usines et se dirigent vers les collines et la / rivière paresseuse » ; Lionel Lathuille : « Ecran total sur tes yeux / Une rivière dans la bouche / Couper des fils rouges avant la pluie » ; Ivica Hénin : « Je ne suis pas un vaurien / Mais un clown dont les bras trop courts / Ne peuvent saisir ce qu’offre le monde » ; Adrien Leroy : « Dépiauté de ses peaux mortes / l’amour me fait la gueule » ; Estelle Dumortier : « J’ai eu tout de suite envie de m’occuper de ton sexe / Dans un élan de géographe, de métronome, de sève » ; Claire Gouzy : « Quelque chose me parle de toi, de ton songe évanoui au cœur des forêts » ; Yann Robert : « allongée, ton corps nu / sur le linge blanc du sommeil / l’âme à ciel ouvert ».

J’invite les lecteurs à découvrir ce numéro 73 de Multiples, à commander un numéro ou à s’abonner. Lire une revue de poésie permet de découvrir d’autres écritures, d’ enrichir la sienne ; s’abonner c’est aussi permettre à une revue de vivre à travers le temps et aux poètes d’exister.

Multiples, c’est aussi 31 numéros de « Fondamente », de quoi se donner un vaste horizon de la poésie aujourd’hui.


Le numéro de Multiples : 15 euros.
Abonnement ordinaire à Multiples (3 numéros) : 36 euros.
Abonnement couplé à Fondamente :    3 numéros de Multiples + 1 Fondamente : 44 euros.    3 numéros de Multiples + 2 Fondamente : 50 euros.

Ecrire à Henri Heurtebise – 9, chemin du Lançon – 31410 Longages

11:26 Publié dans La revue des revues | Lien permanent

12/06/2008

Traversées, n°50

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Il faut saluer l'éditorial de Patrice Breno, dans ce numéro de « Traversées », dont je cite avec son accord le dernier paragraphe :  « Il faut écrire davantage, mais parfois autrement, ne fut-ce que pour éveiller la conscience des peuples qui vivent dans l'opulence et ne daignent pas jeter un regard sur ce massacre d'innocents incessant et journalier. Il faut oser voir ce qui se passe ailleurs, il faut oser entendre ces voix qui viennent d'outre-cauchemar, et pas forcément dans son propre jardin. Il faut oser déranger... et s'ouvrir aussi à ces témoins du pire ! » . Voilà résumé tout un programme pour donner un sens (social) à l'écriture. Le poète, à un moment ou à un autre, est appelé à sortir de son grenier, à ouvrir les yeux sur ce monde bien plus tragique et torturé que son esprit. Breno nous rappelle que la poésie est destinée à traverser les frontières. Donner un sens à une expérience individuelle est forcément se confronter à la réalité. Dans sa dimension sociale le poète n'est plus seulement le héraut de ses propres sentiments. Il n'est pas non plus destiné à être le grand Transparent, le refoulé, le banni. Une part de lui-même est appelée à vivre ailleurs, autrement. L'incarnation du Verbe par l'écriture est aussi l'incarnation de soi dans la réalité. Il y a un déplacement à faire qui concerne chacun, pas seulement le poète ou l'éditeur de revues. Le poète est appelé à (re)devenir homme. Cet exercice n'est pas le plus facile. Il n'est jamais facile d'assumer des choix, de tenir des convictions. Mais la poésie n'est-elle pas cette traversée, cette volonté de revenir à la réalité du monde, à ses essences ?

On trouve des pépites dans ce cinquantième numéro de « Traversées », et qui viennent de tous les horizons : Belgique, Congo, Iraq, Suisse, Corse, France, Argentine et Iran. Les textes sont de  : Paul Mathieu, Fiston Nasser Mwanza Mujila, Patrick Tankama, Alfrid Samaan, Catherine Roussy, Pascale Giovannetti, Rome Deguergue, Eric Dubois, Daniel Chirom, Aurélie Z Noel, Guy Ferdinande, Mohammad Ziar, Jacques Taurand, Patrick Joquel. A noter les nombreuses chroniques de livres. Mohammad Ziar nous offre une merveille venue d'Iran : « L'allée de mes souvenirs »... On pense aux « mille ans » de Baudelaire, à « l'édifice immense du souvenir » de Marcel Proust... et pourtant tout est résumé en quelques vers ! Ce poème ouvre les portes de la perception pour un voyage à l'intérieur de l'esprit, réplique du monde, où rien ne s'oublie, où la perception devient le monde lui-même ! Ici, on se promène parmi les éléments simples, « les feuilles d'automne », dans « l'humide espace matinal », au pied de la montagne... On rencontre « l'enfant fleuriste », le « marchand de journaux »... Et, « les mains dans les poches » on se promène dans cette réalité noyée dans l'irréel. Où est l'endroit ? Où est l'envers ? Sommes-nous dans un songe ou bien dans le monde ? Aucun moyen de le savoir ; le poème laisse libre la double interprétation. En quelques mots, Mohammad Ziar explore des dimensions importantes de l'esprit en nous en livrant quelques clefs. Il donne de cet esprit une image que nous pourrions qualifier d'universelle. Ainsi sont retracés les souvenirs et les histoires. Ainsi chacun reste-il attentif au monde, à ses blessures et à son merveilleux.

La poésie est comme cela, elle offre des trésors inestimables, des sensations qui vous suivent et vous portent, des rencontres dans des lieux insolites ou reculés. Elle tend à explorer un noyau central afin de donner du sens à nos vies, à nos engagements. Elle nous donne de l'énergie afin que nous puissions trouver notre propre vérité et non celles imposées par le monde. C'est pour cela qu'elle sera toujours ici, en Iran ou ailleurs. C'est pour cela que nous serons toujours appelés à marcher avec elle, par des chemins qui seront toujours détournés mais qui à la fin nous ramèneront à la même lumière. On peut croire encore en elle, puisqu'il n'y a pas de Dieu, pas de Vérité et pas de réponses à nos questions existentielles. On peut toujours se rattraper à ce mensonge, un mensonge qui pourtant dirait la vérité.

Abonnement à Traversées : 4 numéros, 12 euros (Belgique) ou 15 euros (étranger). Pour la France, envoyez un chèque à l'adresse ci-dessous libellé au nom de Colette Herman".

20:23 Publié dans La revue des revues | Lien permanent

06/03/2008

Parmi les revues V

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Il faut découper les pages à la main comme au bon vieux temps pour découvrir une belle revue qui offre des textes de très haute tenue. Ce numéro de La Barbacane s'enroule autour de la notion des « Correspondances ». La correspondance entre ce que dit la poésie et l'état du monde ? La poésie, comme la science, essaie d'en saisir quelques vérités pour nous les présenter comme des évidences, à nous d'enrouler nos propres histoires, de nous approprier cette liberté infinie. Au poète aussi d'être attentif à ce monde, à ses erreurs, à  ses horreurs. Dans ce numéro, la présence du poète Raymond Datheil et quelques citations : « eh bien oui. Je crois que chaque atome est en rapport avec tous les atomes, chaque étoile avec les autres étoiles. Oui je crois que chacun de nous a la même croyance à l'intérieur d'une religion ou d'une autre ou d'une absence de religion ! Eh bien oui, je crois cela. Je le crois parce que je n'ai pas peur de la mort ». Et encore cette invective : « Poète, c'est dans ce sentiment de plénitude [la joie] que tu prends conscience de ton rôle de mainteneur. Tu as ton mot à dire sur tout (...) Tu analyses, tu compares, tu juges, et l'avis que tu donnes, la prière que tu formules, c'est ton empreinte surréelle sur la charpente du réel ». S.O.S. nous coulons ! lance Max Pons en marge de ce numéro 91/92. La revue est dans sa 45ème année, c'est dire si elle s'accroche encore à la vie. L'argent est le nerf de la guerre aussi en poésie. Publication semestrielle chez Max Pons, Montcabrier, 46700 Puy-L'Evêque. Abonnement, 2 exemplaires sur Centaure : 35 euros.

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Traction-Brabant roule toujours. Il est bon de faire du stop et de monter dans la vieille automobile, de faire un brin de causette avec le pilote Maltaverne. Vous ne trouverez jamais Traction-Brabant en librairie ou sur les salons, mais on aime le travail impeccable, le choix des textes sans prise de tête, la fameuse couverture légendaire. Saluons donc l'engagement et l'acte surréaliste. Faire une revue est déjà difficile, s'y tenir est admirable et résister aux sirènes de toutes sortes est carrément héroïque. Rien ne se rate dans Traction-Brabant, l'entreprise est désespérée comme est désespéré aujourd'hui le fait de vouloir parler, invectiver, gueuler dans un environnement social et médiatique qui plombe les ailes des plus coriaces. Parions donc que Traction-Brabant est une voiture piégée prête à vous sauter à la figure et que chaque page de la revue tournée par son lecteur est susceptible d'allumer la mèche. A lire dans « Incipits finissants », les déboires du cheval Odéon menacé de passer à l'équarrissage, c'est triste mais c'est vrai. Et l'offensive de Jean-Michel Bongiraud contre Michel Onfray ! Bref, Traction-Brabant n°22 vous fait les poches et dissipe un peu le gamin. Pas de cravate ni de nœud papillon au QG de Traction-Brabant, plutôt l'envie de bouger les esprits, d'appeler à plus d'humanité, à plus de révolte et d'attention. Blog : http://traction-brabant.blogspot.com/ Contact : p.maltaverne@orange.fr

15:00 Publié dans La revue des revues | Lien permanent